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Key findings
  • Sept Béninois sur 10 (70%) estiment que le niveau de corruption dans le pays a diminué au cours de l’année précédant l’enquête. Cette perception s’est renforcée fortement depuis 2017 (44%).
  • La moitié environ des citoyens estiment que « la plupart » ou « tous » les agents des impôts (52%), les députés à l’Assemblée Nationale (50%), les juges et magistrats (48%), et les policiers (46%) sont corrompus. Les leaders religieux (21%) et les chefs traditionnels (27%) sont perçus comme moins corrompus.
  • Pour trois quarts (74%) des Béninois, la performance du gouvernement dans la lutte contre la corruption est « plutôt » ou « très » bonne. Cette perception était de juste 44% en 2017 et de 19% en 2014.
  • La proportion des citoyens qui estiment que les gens peuvent dénoncer des actes de corruption sans peur a augmenté de 34% en 2017 à 44%. Néanmoins, la majorité (56%) pensent qu’on risque des représailles.
  • Les Béninois rapportent moins de difficultés d’accéder à certains services publics de base. Par exemple, parmi ceux qui ont essayé d’obtenir un document d’identité au cours de l’année écoulée, 31% ont expérimenté des difficultés, contre 58% en 2014.
  • Quatre Béninois sur 10 (39%) qui ont eu affaire à la police au cours des 12 derniers mois disent qu’ils ont dû verser un pot-de-vin pour éviter des difficultés, une baisse par rapport à 2017 (55%).

Qu’elle prenne pour nom pot-de-vin, dessous-de-table, détournement de fonds, ou entraves à la justice, la corruption attire l’intérêt des chercheurs, des activistes, et des politiques. Défini comme l’abus de la fonction publique pour des gains privés, elle est depuis longtemps perçue comme l’un des plus grands obstacles au développement économique et social (Banque Mondiale, 2001). Plusieurs études ont exploré ses effets néfastes dont la fausse allocation des ressources, la réduction de la productivité des dépenses publiques, et le ralentissement de la croissance économique (Mauro, 1995, 1996; Wei, 1999; Bayoudh, 2006).

La Banque Africaine de Développement (2015) estime que 148 milliards de dollars américains sont perdus chaque année en Afrique du fait de la corruption, ce qui équivaut à 25% du produit intérieur brut du continent.

Afin de contrôler ou juguler les multiples manifestations du phénomène et ses corollaires, les Etats font d’efforts à travers la mise en place de cadre légal et normatif. Au Bénin, au fil des années, les gouvernements se sont engagés dans un processus visant à promouvoir des réformes administratives et institutionnelles, à garantir la transparence dans la gestion des biens publics, et à renforcer le rôle de la société civile. A côté de l’Autorité Nationale de Lutte contre la Corruption (qui a remplacé l’Observatoire de Lutte contre la Corruption en 2013), il y a l’Autorité Nationale de Régulation des Marchés Publics, chargée de superviser les marchés publics et de rendre public à travers ses sites web les rapports d’audit, les rapports annuels, et les décisions en matière de passation de marché publics. Par ailleurs, il a été mis à disposition du public un numéro « vert » pour la dénonciation à l’anonymat des cas de corruption.1

Ces efforts continus hissent le Bénin au quatrième rang des pays ouest-africains à faible niveau de corruption après le Ghana, le Sénégal, et le Cabo Verde, selon les résultats de Transparency International (2020). Selon cette source, le score du Bénin s’est légèrement amélioré, passant de 37/100 en 2015 à 41/100 en 2020, et le positionne (en termes d’absence de corruption) 83e sur 180 pays. Cependant, malgré l’évolution du cadre juridique et d’une vigilance accrue de la société civile et des médias, la corruption demeure au Bénin au cœur des débats nationaux.

Selon les résultats de la plus récente enquête d’Afrobarometer au Bénin, pour une grande majorité des citoyens, le niveau de corruption dans le pays a diminué au cours de l’année écoulée et les efforts du gouvernement dans la lutte contre la corruption sont louables. Cependant, malgré des avances sur plusieurs indicateurs, beaucoup de Béninois perçoivent leurs dirigeants comme corrompus et craignent des représailles s’ils signalent des actes de corruption.

Romaric Samson

Romaric Samson est associé de recherche à l’Innovante Recherche en Economie et Gouvernance (IREG).