Skip to content
Dispatch

AD548: Message des citoyens africains aux chefs traditionnels : Privilégiez le développement et évitez la politique

La position des autorités traditionnelles reste forte, voire se renforce
Carolyn Logan and Kelechi Amakoh 8 Sep 2022
Download (French)
Key findings
  • A travers 31 pays, les chefs traditionnels obtiennent de manière constante des notes nettement plus favorables – en matière de confiance, de performance, d'écoute et d'absence de corruption – que leurs homologues élus (présidents, députés et conseillers municipaux ou communaux).
  • Si la confiance est élevée dans de nombreux pays, il existe des exceptions. Moins de quatre citoyens sur 10 expriment une confiance significative dans les chefs traditionnels en Tanzanie, au Soudan, au Maroc et en Afrique du Sud.
  • Le degré de confiance dans les chefs traditionnels est beaucoup plus élevé parmi les répondants ruraux, augmente avec l'âge des répondants et diminue avec l'éducation, mais des majorités relatives dans tous les groupes démographiques clés expriment leur confiance.
  • Les hommes comme les femmes expriment des niveaux de confiance presque égaux, malgré la nature patriarcale de la plupart des institutions de leadership traditionnel.
  • A travers les 17 pays suivis depuis 2008/2009, la confiance envers les chefs traditionnels est restée stable alors que la confiance envers les dirigeants élus a considérablement chuté, entraînant un écart de confiance croissant entre les chefs et les autres dirigeants.

Dans les sociétés africaines modernes, le rôle que doivent jouer les « leaders traditionnels » ou « chefs » non élus fait l’objet d’un débat depuis des décennies. Considérés comme anachroniques, non pertinents et antidémocratiques, surtout après les ouvertures démocratiques qui ont balayé le continent dans les années 1990, les chefs ont refait surface ces dernières années, s’imposant comme une partie intégrante du système de gouvernance

locale dans de nombreux pays. La chefferie non élue n’a pas seulement coexisté mais a évolué aux côtés de la pratique de la démocratie, des élections et de la concurrence multipartite. Dans de nombreux endroits, les chefs travaillent en tandem avec les conseillers locaux pour l’attribution des terres, la résolution des conflits et la gouvernance des communautés. Plus récemment, les chefs ont été appelés à renforcer les luttes nationales contre la pandémie de la COVID-19 (Sanny & Asiamah, 2020).

Selon les résultats d’une nouvelle enquête menée par Afrobarometer, la position des autorités traditionnelles reste forte, voire se renforce. Les chefs obtiennent de meilleures notes de la part des citoyens en termes de confiance et de performance, et sont jugés nettement moins corrompus, que les dirigeants élus et les fonctionnaires du gouvernement, ce qui ne fait que creuser l’écart. Les chefs sont soutenus non seulement par les hommes âgés des zones rurales, mais aussi par les femmes, les citadins, les jeunes et les personnes les plus instruites.

Ils exercent une influence considérable dans leurs communautés, notamment en matière de gouvernance, de résolution des conflits et d’attribution des terres. En outre, les gens pensent généralement qu’ils ont à cœur les intérêts de leur communauté et qu’ils coopèrent efficacement avec les conseillers locaux pour la promotion du développement local. À vrai dire, les Africains préféreraient, par une majorité de 5 contre 1, voir l’influence de ces chefs augmenter.

Les Africains souhaitent une collaboration entre leurs chefs et les dirigeants élus afin d’apporter le développement à leurs communautés, et ils sont même convaincus que l’engagement des chefs traditionnels contribue à renforcer plutôt qu’à affaiblir la démocratie.

Cependant, la politique électorale est un domaine où l’influence des chefs n’est pas la bienvenue. Bien que l’on ait beaucoup évoqué le rôle potentiel des chefs en tant que

« courtiers de vote » qui transmettent les votes des membres de leur communauté au candidat ou au parti politique qui obtient leur faveur (Holzinger, Kern, & Kromrey, 2016), seulement un citoyen sur cinq reconnaissent une grande influence des chefs sur les votes des électeurs. Le message à l’intention de leurs chefs est clair : Restez à l’écart de la politique.

Carolyn Logan

Carolyn is the director of analysis at Afrobarometer

Kelechi Amakoh

Data analyst for Afrobarometer and a PhD student in the Department of Political Science, Michigan State University