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Key findings
  • A travers 34 pays, en moyenne six Africains sur 10 (61%) estiment que leur gouvernement a le droit de percevoir des impôts. Cependant, la légitimité perçue de l'impôt a diminué de 10 points de pourcentage au cours de la dernière décennie, et dans certains pays, de fortes majorités contestent le droit du gouvernement à collecter les impôts.
  • Environ un tiers seulement des Africains estiment que les taux d'imposition dans leur pays sont plus ou moins « le juste montant ». La plus grande partie des Africains pensent que les citoyens ordinaires paient trop d'impôts et que les riches en paient trop peu.
  • La moitié (50%) des Africains se disent prêts à payer plus d'impôts en contrepartie d'une amélioration des services publics, mais ils sont presque aussi nombreux (42%) à préférer des impôts moins élevés avec moins de services. Les personnes qui saluent la performance de leur gouvernement en matière de services sont plus susceptibles de soutenir une augmentation des impôts en contrepartie d'une augmentation des services.
  • Plus de la moitié (52%) des Africains déclarent que les citoyens de leur pays évitent « souvent » ou « toujours » de payer leurs impôts. Cet indicateur varie considérablement d'un pays à l'autre, de 16% en Ethiopie à 80% au Libéria. La perception de l'évasion fiscale a augmenté, au cours de la dernière décennie, dans tous les 30 pays pour lesquels nous disposons de données chronologiques.
  • De fortes majorités déclarent qu'il est difficile de savoir quels sont les impôts et taxes dont ils sont redevables (61%) et de savoir comment leur gouvernement exploite ses recettes fiscales (77%). La moitié (51%) seulement des répondants affirment que leur gouvernement utilise généralement les recettes fiscales pour le bien-être des citoyens.
  • En moyenne à travers 34 pays, plus du tiers (35%) des répondants pensent que « la plupart » ou « tous » les agents du fisc sont corrompus. Seuls quatre Africains sur 10 (41%) déclarent faire « partiellement » ou « beaucoup » confiance à leur administration fiscale.

La fiscalité est un outil clé pour la mobilisation intérieure des ressources dans le monde entier. Dans nombre de pays africains, en revanche, les insuffisances des systèmes d’administration fiscale réduisent la capacité des gouvernements à financer leurs programmes de développement et à fournir les services essentiels tels que les soins de santé, l’éducation et les infrastructures (Drummond, Daal, Srivastava, & Oliveira, 2012).

La nécessité de collecter des ressources par le biais de la fiscalité a été renforcée par la pandémie de COVID-19. Partout dans le monde, les gouvernements ont été confrontés à une chute soudaine des recettes fiscales, de nombreux secteurs économiques ayant ralenti leurs activités en raison des mesures de confinement. Ce choc, en particulier dans les pays en développement, a considérablement limité la capacité des gouvernements à financer l’accès aux services vitaux de santé, financiers et autres, ainsi que l’assistance aux personnes les plus touchées par la pandémie (Gaspar, Hanif, Pazarbasioglu, & Saint-Amans, 2020).

La baisse des recettes fiscales pendant la pandémie risque de s’aggraver avec le temps et de ralentir la relance des économies en développement, les gouvernements ne disposant pas des ressources fiscales nécessaires pour stimuler la croissance.

Même sans pandémie, les recettes fiscales sont relativement maigres à travers l’Afrique. En 2019, 30 pays africains ont enregistré en moyenne des recettes fiscales représentant 16,6% du produit intérieur brut, soit la moitié des 33,8% perçus par les pays membres de l’Organisation de Coopération et de Développement Economiques (OCDE/CUF/ATAF, 2021).

Outre les limitations de la capacité des administrations fiscales gouvernementales, la faiblesse des recettes fiscales peut être liée à des facteurs macroéconomiques tels que les volumineux secteurs agricole et informel, qui sont généralement difficiles à taxer (Di John, 2006 ; Mansour & Keen, 2009 ; Coulibaly & Gandhi, 2018 ; Moore, Prichard, & Fjeldstad, 2018). Un débat actuel a trait à la question de la fiscalité des entreprises hautement numérisées – qui opèrent dans les pays africains sans nécessairement avoir une présence physique facilement imposable – d’une manière qui soit équitable et n’entrave pas la croissance des jeunes entreprises (African Tax Administration Forum, 2020).

Mais la faiblesse des recettes fiscales peut également refléter des facteurs microéconomiques tels que la faible propension des citoyens à payer des impôts (« morale fiscale »), la méconnaissance de ce dont ils sont redevables et de la destination de leurs impôts, et leur perception de la corruption au sein de l’administration fiscale (OCDE, 2019). Si les citoyens considèrent le paiement des impôts comme une transaction fiscale ou une relation contractuelle (Moore, 2004), ces facteurs peuvent affecter la légitimité perçue de la fiscalité dans son ensemble (D’Arcy, 2011).

Outre les difficultés budgétaires à court et moyen terme, cela peut également avoir un impact plus fondamental sur la légitimité des gouvernements et des systèmes politiques. La capacité à collecter des recettes par le biais de la fiscalité est un marqueur important de la capacité de l’État et de la légitimité politique (Brautigam, Fjeldstad, & Moore, 2008), et peut contribuer à la réactivité et à la responsabilité du gouvernement, les contribuables exigeant un certain retour sur leurs impôts (Moore et al., 2018).

Comment les Africains perçoivent-ils la fiscalité ?

Les données de sondage Afrobarometer recueillies dans 34 pays africains en 2019/2021 montrent qu’une majorité d’Africains soutiennent le droit de leur gouvernement à percevoir des impôts. Mais le soutien populaire à la fiscalité s’est affaibli au cours de la dernière décennie, tandis que les perceptions selon lesquelles les gens évitent souvent de payer leurs impôts ont fortement augmenté.

Par ailleurs, de nombreux Africains doutent de l’équité de la fiscalité de leur pays, et seule la moitié d’entre eux pensent que leur gouvernement utilise les recettes fiscales pour le bien- être de ses citoyens.

Alors qu’une majorité d’entre eux seraient prêts à payer plus d’impôts pour financer le développement national et des programmes en faveur des jeunes, la plupart disent qu’il leur est difficile d’obtenir des informations sur les exigences et la destination des impôts, et beaucoup considèrent les agents du fisc corrompus et indignes de confiance. Ces perceptions peuvent jouer un rôle dans la disposition des citoyens à soutenir – et à respecter – l’administration fiscale de leur gouvernement.

Thomas Isbell

Post-doctoral research fellow and research assistant at Afrobarometer