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Key findings
  • Les Tunisiens se prononcent en majorité en faveur du protectionnisme (70%) plutôt qu’au libre-échange (25%).
  • Cependant, plus de la moitié (55%) des citoyens soutiennent également les investissements directs étrangers, alors que 39% estiment que le gouvernement ne devrait autoriser que les Tunisiens et les entreprises tunisiennes à commercialiser sur le territoire national.
  • Les avis sont partagés concernant la libre circulation transfrontalière des biens et des citoyens de la région nord-africaine : 49% des Tunisiens sont pour la limitation des mouvements transfrontaliers, contre 47% qui soutiennent sa libéralisation.
  • Plus des trois quarts (78%) de la population tunisienne affirment que le pays devrait financer son développement par ses propres ressources plutôt que par les prêts étrangers, même si cela est synonyme d’augmentation d’impôts.
  • En cas des prêts externes, la plupart des Tunisiens s’opposent à des exigences strictes sur comment dépenser les fonds (70%) ainsi qu’à des conditions pour assurer que le gouvernement promeut la démocratie et le respect des droits humains (67%).
  • Pour ce qui est du meilleur modèle de développement futur à suivre, la France gagne la première place (25%), suivie par la Chine et les USA (19% chacun).

La Tunisie s’est orientée vers l’ouverture économique depuis les années ’80 avec l’adoption du premier code sur les investissements et une loi qui a adopté des mesures spéciales off- shore pour encourager l’export (Association Internationale des Techniciens, Experts et Chercheurs, n.d.). En plus de la libéralisation des échanges, la Tunisie affirme suivre une politique qui se repose sur la diversification de la base exportatrice, la diversification des partenaires commerciaux et la protection des producteurs tunisiens (Ministère du Commerce et du Développement des Exportations, n.d.)

Selon les données publiées à travers les notes sur le commerce extérieur de l’Institut National de la Statistique (INS) (2011, 2021a), le solde de la balance commerciale tunisienne était toujours déficitaire depuis les années ’60. L’écart entre les exportations et les importations n’a cessé de se creuser notamment dans la dernière décennie, ayant presque doublé entre 2010 et 2021.

La Tunisie a toujours réalisé la majorité de ses échanges commerciaux avec l’Union Européenne (UE) et principalement avec la France. Dans une optique de diversification, la Tunisie a essayé depuis quelques années d’élargir son périmètre de commerce en augmentant ses échanges avec d’autres pays appartenant à l’Europe centrale et orientale, les zones de libre-échange des pays arabes et les pays africains. En analysant les chiffres sur le commerce extérieur de l’INS, il en ressort que les exportations vers les pays africains ont uniquement augmenté de 1.921 millions de dinars entre 2011 et 2021, une valeur modeste face à une volonté affichée d’établir plus de relations avec le continent africain.

Les chiffres montrent que la politique de diversification suivie nécessite une réflexion sur les bénéfices tirés du renforcement d’échanges commerciaux avec les nouveaux clients et fournisseurs de la Tunisie. En effet, le déséquilibre de la balance commerciale tunisienne est expliqué en grande partie par le solde déficitaire enregistré avec certains pays tels que la Chine, la Turquie et la Russie. La Chine, par exemple, est parmi les trois premiers fournisseurs de la Tunisie depuis 2012. Cependant, elle ne figure pas parmi la liste de ses 20 premiers clients. Le dernier solde déficitaire enregistré (2021) avec la Tunisie représente 40% du déficit de la balance commerciale tunisienne, tandis qu’avec la France la Tunisie a généralement enregistré un excédent dans sa balance commerciale.

Les indicateurs précédemment mentionnés sur le commerce extérieur montrent que la Tunisie est une économie qui importe plus qu’elle en exporte et que les importations augmentent plus rapidement que les exportations. Cette situation a certes des conséquences sur la protection du producteur tunisien et sur le maintien des emplois, dans un contexte économique difficile où le taux chômage a atteint 18,4%, soit le taux le plus élevé depuis 2012 (Institut National de la Statistique, 2021b).

Selon l’enquête d’Afrobarometer menée en 2020, les Tunisiens préfèrent le protectionnisme au libre-échange, question de protéger les producteurs tunisiens et entreprises tunisiennes à la concurrence étrangère. Cependant, les Tunisiens soutiennent en majorité les investissements directs étrangers, peut-être explicable par l’effet attendu de ces investissements sur l’emploi.

L’enquête montre également que les Tunisiens rejettent en majorité les prêts conditionnés et préfèrent un financement par les ressources propres du pays, même si cela impliquera une augmentation des impôts. Ces résultats viennent dans un contexte où les besoins de financements par emprunt prévus par le budget de l’année 2022 sont évalués à 20 milliards de dinars (5.7 milliards d’euros) (TV5 Monde, 2022) et où la Tunisie cherche difficilement des solutions de soutenabilité en raison de l’absence de réformes structurelles réclamées par les bailleurs de fonds.

Selon l’enquête, les Tunisiens trouvent que le meilleur modèle de développement économique à suivre par leur pays est la France, suivie par la Chine et les USA.

Dans un contexte de crise économique que connait la Tunisie et qui ne cesse de s’ancrer depuis 2011, ces résultats constituent un outil d’aide à la décision pour définir des politiques économiques proches des aspirations et préférences des tunisiens.

 

Imen Mezlini

Imen Mezlini is the research coordinator for Tunisia

Poko Atiyodi

Poko Atiyodi is a student at the Higher School of Statistics and Analysis of l’Information de Tunis (ESSAIT)