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En dépit des siècles d’exploitation systématique et de domination coloniale, le sentiment              « anti-blanc » est relativement faible en Afrique (Boukari-Yabara, 2019). Même les mouvements panafricains demeurent antiracistes et peu revanchards envers les Européens. Le panafricanisme va plus dans le sens de la défense des noirs que de l’attaque des blancs.

Aujourd’hui, l’Afrique continue d’être au cœur de nombreux enjeux sur la scène internationale. Le continent représente environ 8% des réserves de pétrole du monde, 7% de l'or, 53% de diamants, 75% de platine et au moins 60% de terres arables non cultivées (Hubert-Rodier, 2018). Ce qui peut créer un intérêt à la recherche de l’appréciation que se font les Africains de l’influence économique et politique des anciennes puissances colonisatrices, des superpuissances comme la Chine et les Etats-Unis, et des institutions de la communauté internationale à l’instar des agences des Nations Unies, l’Union Africaine (UA) et la Communauté des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).

Chez les Togolais, deux contextes actuels peuvent permettre de questionner l’image des influences de ces institutions et puissances : les mutations profondes de la pandémie de COVID-19 et les interventions de la France dans ses anciennes colonies ou ailleurs.

La COVID-19 a conduit à une vulnérabilité accrue des populations les plus pauvres, et les appels à la solidarité sont devenus monnaies courantes. Cette solidarité se manifeste aussi bien au plan national qu’international à travers une mobilisation des institutions sous-régionales et des puissances mondiales pour venir à bout de la maladie et soutenir les pays dits « les plus pauvres ». De plus, si les pays les plus développés sont marqués par le nombre croissant des victimes de la pandémie de COVID-19, force est de constater que les pays les plus pauvres de l’Afrique semblent faire montre d’une forte résilience vis-à-vis de la maladie, ceci en dépit de l’état fragile de leurs infrastructures sanitaires. Le Togo demeure classé parmi les pays les plus sûrs au monde par rapport au risque de contamination à la COVID-19 par les États-Unis (U.S. Department of State, 2021 ; Agbénonwossi, 2021).

Quant à la France, depuis une décennie, ses interventions en Afrique semblent suivre la voie d’un « bateau ivre » (Zoungni, 2019), jouant des rôles controversés dans la mort en 2011 du Colonel Mouammar Kadhafi (avec l’instabilité continue) en Libye (François, 2021), l’arrestation du Président Laurent Gbagbo en Côte d’Ivoire (qui a depuis été acquitté par la Cour Pénal Internationale), la montée du fils d’Idris Déby Itno au Tchad suite à un coup d’Etat, les échecs militaires et étatiques au Mali, en Centrafrique (Pigeaud, 2020) et au Burkina Faso (France24, 2021). …

Au Mali, au Sénégal et au Tchad, les jeunes du continent s’en prennent aux symboles de la présence française en Afrique (Lo & Bouboutou-Poos, 2021). Plusieurs mouvements se sont inscrits dans ce dynamisme : Yen a Marre (2011) et Frapp France dégage (2017) au Sénégal, le Balai citoyen (2014) et le blocage du convoi militaire français (2021) au Burkina Faso, le mouvement Filimbi au Congo, Lyna au Tchad. Même l’usage de la monnaie coloniale franc CFA est-il décrié et alimente l’opinion nationale et internationale. 

Dans ce contexte d’actualité, quelles sont les perceptions des citoyens togolais de l’influence des puissances et des institutions internationales ?

Les résultats de l'enquête la plus récente d'Afrobarometer au Togo montrent que les citoyens ont une image négative de l’influence française contrairement à celle de l’influence des États-Unis, de la Chine, de la Russie et de la superpuissance sous-régionale, le Nigéria. Quant aux institutions, les perceptions des Nations Unies et de la CEDEAO sont plus positives que celles de l’UA.

De plus, les Togolais préfèrent le modèle des États-Unis pour leur développement et choisissent l’anglais comme la langue internationale la plus importante pour les générations à venir.