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Key findings
  • Près de la moitié (48%) des Gabonais se revendiquent exclusivement de leur identité nationale, et le tiers (31%) s’identifient à la fois à leur identité nationale qu’à celle de leur groupe ethnique ou culturel. Seulement 15% se sentent plus ethnique que gabonais(e).
  • Neuf Gabonais sur 10 environ affirment être confortables à parler leur langue maternelle en public (94%) et avec le fait de porter une robe ou une tenue traditionnelle en public (87%).
  • Plus de la moitié (55%) de la population gabonaise affirment que leur groupe ethnique ou culturel subit au moins « quelques fois » un traitement injuste de la part du gouvernement.
  • Le tiers (32%) des répondants disent qu’au cours de l’année dernière, ils avaient personnellement été injustement traités par d'autres Gabonais sur la base de l’origine ethnique.
  • La plupart des citoyens affirment n’avoir aucun problème à vivre à coté de personnes d’ethnies différentes (97%), de religion différente (95%), d’autres partis politiques (88%), ou d’autres nationalité (86%). Mais la majorité (82%) n’aimeraient pas avoir pour voisins des personnes homosexuelles.
  • Presque neuf Gabonais sur 10 (87%) disent qu’on doit être très méfiants dans ses relations avec d’autres personnes.

Depuis le retour au multipartisme en 1990, consécutif à la tenue de la Conférence Nationale Souveraine, le Gabon n’échappe pas au débat sur la question identitaire. En effet, avec plus de 50 ethnies, la question des identités est régulièrement soulevée dans le débat national et se pose comme un obstacle à la construction d’une nation post-ethnique (Etoughé, 2003). Le processus de l’élection présidentielle anticipée de 2009 avait d’ailleurs montré une sorte de fracture ethno-politique suscitant le débat sur le repli identitaire. Or, dans la conscience collective gabonaise, le repli identitaire tend à renvoyer au vote ethnolinguistique qui est le fait de voter un candidat sur la base de l’appartenance à un même groupe ethnique plutôt que sur la base de son programme ou de son idéologie (Wali Wali, 2013). Le fait ethnique est donc au cœur de la réalité sociale et politique gabonaise (Galley & Loungou, 2007).

De plus, la mise en valeur des cultures des groupes ethniques lors des évènements comme la fête des cultures laisse craindre chez certaines personnes le développement du communautarisme. Pays multiculturel, le Gabon est confronté à la tension permanente de la construction de son identité nationale tout en trouvant une place aux identités des groupes culturels. Et pourtant, c’est ce multiculturalisme qui définit le mieux l’identité gabonaise, ainsi   « être gabonais » serait le fruit d’éléments divers tels que la démographie, la géographie, l’histoire, l’économie, la politique, l’anthropologie, etc. (Rossatanga-Rignault, 2015). De même, la construction d’une véritable identité gabonaise, sujet de débats et controverses dans le pays, s’articulerait autour du besoin de forger un projet commun dans lequel le Gabonais sera celui qui s’identifie au Gabon et qui adhère au projet de vie commune en faisant sien les intérêts du Gabon (Critica, 2018). Le problème qui se pose face à cette définition du vivre-ensemble est essentiellement l’instrumentalisation politique de l’ethnie par les acteurs politiques nationaux notamment par une sorte d’appropriation et de privatisation ethniques de certains espaces (Midépé, 2011).

Au regard de la forte urbanisation du pays et de sa vieille tradition d’immigration, comment les Gabonais perçoivent-ils leurs identités aujourd’hui?

Les résultats de la dernière enquête Afrobarometer montrent que les Gabonais revendiquent plus ou autant leur identité nationale que leur appartenance ethnique. Cependant, au-delà de cette harmonie, plus de la moitié des sondés affirment tout de même que leur groupe ethnique ou culturel subit des traitements injustes par le gouvernement, et la majorité des Gabonais estiment qu’il y’a plus qui les divise que ce qui les unit.

Christian Wali Wali

Researcher and Afrobarometer national investigator at CERGEP, Gabon.

Lionel Osse Essima

Lionel is the assistant survey manager for Anglophone West Africa and North Africa.