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Key findings
  • La moitié des Burkinabè (51%) affirment qu’il leur est arrivé « quelques fois » ou plus, à eux ou à un membre de leurs familles, de ne pas se sentir en sécurité dans leurs quartiers au cours des 12 derniers mois. Et 43% déclarent qu’il leur est arrivé au moins « quelques fois » de craindre d’être victime d’un acte criminel dans leurs propres maisons durant la même période. Ces proportions ont presque doublé depuis 2017.
  • La plupart des Burkinabè (79%) affirment n’avoir pas craint les violences entre les habitants de leurs quartiers ou villages pendant les deux dernières années. Mais presque quatre citoyens sur 10 rapportent avoir craint (34%) ou vécu (3%) une attaque armée par des extrémistes politiques ou religieux pendant cette période.
  • La grande majorité des Burkinabè soutiennent qu’en cas de menace à la sécurité publique, le gouvernement devrait pouvoir imposer des couvre-feux et installer des barrages routiers pour empêcher les gens de se déplacer (77%) et surveiller les communications privées pour s'assurer que personne ne prépare des actes de violence (78%). La grande majorité est également disposée, mais à un moindre degré (65%), à ce que le gouvernement ait le droit de réguler ce qui se dit dans les lieux de culte, surtout lorsque les prédicateurs ou les membres d'une congrégation menacent la sécurité publique.
  • La plupart des Burkinabè (83%) estiment que les associations locales de sécurité créées par les populations sont une bonne chose pour la sécurité du pays. Une plus faible majorité (56%) soutiennent la présence des troupes étrangères sur le sol burkinabè. A l’inverse, plus de la moitié des citadins (51%) et des citoyens les plus instruits (59%) s’y opposent.

Depuis 2015, le Burkina Faso fait face à des attaques terroristes dont le bilan s’élève à environ 2,000 personnes tuées, tant parmi les forces de défense et de sécurité que parmi les populations civiles. Selon International Crisis Group (2020a, b), depuis la première attaque revendiquée par un groupe jihadiste en octobre 2015, plus de 550 attaques ont été répertoriées. Environ 1 million de personnes sont déplacées à l’intérieur du pays; des écoles sont fermées dans les régions du Sahel et de l’Est; et des infrastructures publiques sont désertées ou détruites. En outre, la guerre imposée par les groupes terroristes qui ont recruté au sein des communautés locales met à rude épreuve la cohésion nationale.

C’est dans ce contexte qu’il a été demandé aux citoyens burkinabè lors de la dernière enquête Afrobarometer, menée en décembre 2019, d’exprimer leurs perceptions par rapport à leur sécurité personnelle et plus généralement par rapport à la sécurité du pays.

Les résultats de l’étude montrent que la grande majorité des Burkinabè ne craignent pas les violences entre habitants de quartiers. Toutefois, par rapport en 2015 et 2017, moins de citoyens se sentent en sécurité dans leurs quartiers ou dans leurs maisons. En effet, les crimes et délits constatés par la police nationale ou la gendarmerie nationale ont plus que doublé entre 2017 et 2018, passant de 4.929 à 10.215 (Ministère de la Sécurité, 2019).

Tout comme en 2017, les Burkinabè, pour obtenir la sécurité, sont disposés à sacrifier leur liberté de circuler et de communiquer sans être écoutés, et à accepter la surveillance et l’encadrement des prédications dans les lieux de culte. Ils demeurent également favorables aux initiatives locales de sécurité ainsi qu’à la présence de troupes étrangères sur le sol burkinabè, estimant qu’elles sont une bonne chose pour la sécurité du pays.

Agnès Kaboré

Agnès Kaboré est statisticienne au Centre pour la Gouvernance Démocratique (CGD), Ouagadougou.

Augustin Loada

Augustin Loada, professeur de droit public et de science politique, est le coordonnateur général de l’enquête d’Afrobarometer au Burkina Faso.