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Key findings
  • La majorité (55%) des Maliens affirment que l'Islam devrait être la religion d’état de leur pays, et presque la moitié (46%) pensent que le Mali devrait appliquer la Charia. Les répondants qui sont jeunes et ceux qui sont non-instruits sont plus favorables à l'instauration de la Charia que leurs compatriotes plus âgés et plus instruits.
  • Plus de la moitié (55%) des Maliens contestent l'idée selon laquelle la crise au Nord du pays a établi que l'Islam peut conduire à des excès, et 24% d’entre eux seulement pensent que l'Islam prône la violence à l'encontre des non-Musulmans.
  • Presque trois-quarts (72%) des Maliens affirment que les politiciens se servent de l'Islam pour régner.
  • La majorité des Maliens pensent que l'Islam restreint les libertés personnelles (60%) et est incompatible avec la liberté d'expression (55%). Mais trois répondants sur 10 (29%) seulement pensent que l'Islam est incompatible avec le progrès économique et social.

L’Islam est ancré au Mali depuis plusieurs siècles, et a parfois représenté des espoirs sociaux et politiques ainsi que religieux. Pendant la période coloniale, l’Islam est devenu un instrument de résistance; les Français ont réagi en essayant de dresser un « Islam noir » modéré contre un « Islam arabe » plus menaçant. L’Islam n’a joué aucun rôle majeur dans la politique post-indépendance, mais après l’avènement de la démocratie en 1991, au cours d’une période où l’autorité de l’état s’était affaiblie, l’Islam a contribué à combler l’absence de leadership socioéconomique et politique (International Crisis Group, 2017).

En 2012, suite au coup d’état ayant évincé le Président Amadou Toumani Touré puis à une rébellion Touareg, divers groupes armés ont pris le contrôle de la région Nord et plus récemment du centre du Mali. Ces groupes revendiquent, entre autres, l’instauration d’un état islamique et l’application de la Charia (Laub & Masters, 2015; George, 2012). Les événements récents ont mis en exergue une nouvelle dynamique Islamique dans la politique malienne, exploitée par les élites politiques, les leaders musulmans devenant des partenaires politiques de grande valeur, surtout pendant les périodes électorales (Haïdara, 2015). En dépit d’une grande attention régionale et internationale, les conflits internes au Mali demeurent non-résolus, et leurs conséquences à long terme sont incertaines (BBC, 2013; Human Rights Watch, 2017; Lacher, 2013).

Comment le Malien lambda perçoit-il le rôle de l’Islam dans son pays? Les données de la dernière enquête d’Afrobaromètre révèlent de grosses divergences de vues. Une faible majorité de Maliens pensent que l’Islam devrait être la religion d’état du pays, et presque la moitié d’entre eux soutiennent l’introduction de la Charia. Dans le même temps, une majorité des Maliens sont d’accord que l’Islam restreint les libertés personnelles et que les politiciens utilisent l’Islam pour régner.

Mais les Maliens rejettent fortement les affirmations selon lesquelles l’Islam prône la violence et est incompatible avec le progrès social et économique.

Thomas Isbell

Post-doctoral research fellow and research assistant at Afrobarometer

Fadimata Haïdara

Fadimata Haïdara is an economist from the University of Stuttgart-Hohenheim (Germany) and is affiliated with GREAT in Mali.