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Le détournement par des dirigeants élus et autocratiques de fonds publics à des fins d'enrichissement personnel a toujours été un frein au développement de l'Afrique (Amadi & Ekekwe, 2014; Ebegbulem, 2012; Owoye & Bissessar, 2012; Gyimah-Brempong, 2002; Bayart, Ellis, & Hibou, 1999; Lawal, 2007). En 1981, le Sénégal a introduit le délit d'enrichissement illicite dans son code pénal et a créé une cour ad hoc pour traiter de tels cas de corruption – la Cour de Répression de l'Enrichissement Illicite (CREI). Cette cour est restée inactive jusqu'en 2012, mais, en 2014, une affaire très en vue impliquant Karim Wade, un ancien ministre Sénégalais, fils et successeur potentiel de l'ancien Président Abdoulaye Wade, a très tôt attiré l'attention internationale – et des critiques suspectant des motivations politiques et dénonçant le non-respect des procédures régulières (FIDH, 2014; Reuters, 2015) ont été adressées à cette cour. Ainsi, la Fédération Internationale des Droits de l'Homme, l'Assemblée Africaine des Droits de l'Homme, la Ligue Sénégalaise des Droits de l'Homme, et l'Organisation Nationale des Droits de l'Homme ont clamé que la cour ne garantit pas un procès juste et équitable ou ne présume pas de l'innocence du prévenu jusqu'à preuve de sa culpabilité (Freedom House, 2015). En mars 2015, la cour a annoncé son verdict dans l'affaire Wade: six ans d'emprisonnement et une amende de 240 millions de dollars américains (Ba, 2015; Reuters, 2015).

Dans cette dépêche, nous explorons les perceptions publiques quant au travail de la cour anticorruption du Sénégal. Sur la base des réponses à l'enquête nationale d'Afrobaromètre en 2014, seule une petite majorité des Sénégalais connaissent l'existence de la cour. Parmi ceux qui connaissent l'existence de la CREI, la plupart pensent que son fonctionnement a contribué à renforcer la confiance publique envers les institutions de l'état. Cependant, beaucoup affirment également que la tendance à un parti-pris de la cour nuit à sa crédibilité et a l'effet d'accroitre la popularité du prévenu. Les citoyens sont partagés quant à savoir si le travail de la CREI constitue un frein aux investissements internationaux auprès  des entreprises nationales.