- Une courte majorité (53%) des Guinéens estiment que les femmes devraient pouvoir décider elles-mêmes si elles veulent se marier et quand. En revanche, seuls 29% jugent que les femmes devraient être autonomes en ce qui concerne le moment et le nombre d’enfants qu’elles souhaitent avoir.
- Plus de sept Guinéens sur 10 (73%) estiment que les élèves qui tombent enceintes ou ont des enfants devraient pouvoir poursuivre leur scolarité.
- Près des deux tiers (63%) des répondants soutiennent l’enseignement de l’éducation sexuelle à l’école.
- Seuls environ trois Guinéens sur 10 pensent que les contraceptifs devraient être accessibles à toute personne sexuellement active, indépendamment de son âge (30%) et de sa situation matrimoniale (26%).
- Trois répondants sur 10 (30%) déclarent que les femmes et les jeunes filles de leur communauté interrompent « occasionnellement » ou « souvent » leurs grossesses.
- La majorité des Guinéens estiment que l’avortement n’est « jamais justifié » lorsque la santé ou la vie de la femme enceinte est en danger (54%), lorsque la grossesse résulte d'un viol ou d'un inceste (63%), à cause des difficultés financières (67%), ou lorsqu’il s’agit d’une grossesse non désirée, quelle qu’en soit la raison (68%).

La santé et les droits sexuels et reproductifs demeurent un enjeu majeur de santé publique en République de Guinée. Le pays est toujours confronté à d’importants défis, dont un taux élevé de mortalité maternelle, un accès inégal aux services de santé sexuelle et reproductive et une faible satisfaction (27%) des besoins en méthodes modernes de planification familiale (Fonds des Nations Unies pour la Population, n.d. ; Family Planning 2030, 2022). A cela s’ajoute un taux de fécondité des adolescentes âgées de 15 à 19 ans encore élevé, qui s’établit à 117 naissances pour 1.000 adolescentes (Banque Mondiale, 2024).
Ces défis trouvent en partie leur origine dans le déficit d’information auquel nombreux citoyens sont confrontés (Fonds des Nations Unies pour la Population, n.d.). Beaucoup de jeunes franchissent le passage de l’enfance à l’âge adulte sans avoir reçu les connaissances fiables et complètes dont ils auraient besoin sur la santé sexuelle et reproductive. Ce silence, souvent hérité de tabous culturels ou d’un manque de moyens éducatifs, laisse les filles et les garçons face à des réalités qu’ils devraient pourtant pouvoir affronter en connaissance de cause, les exposant davantage aux violences sexuelles, aux infections sexuellement transmissibles et aux grossesses non désirées.
Si ces défis demeurent importants, des progrès ont néanmoins été enregistrés ces dernières années grâce aux efforts déployés par le gouvernement et ses partenaires dans le domaine (Guinéenews, 2026). En matière de planification familiale, l’accès aux méthodes modernes de contraception s’est progressivement amélioré. Le taux de prévalence contraceptive moderne est passé de 10,1% en 2018 à 13,5% en 2023 (Mamadama ; 2024). En plus, le taux de mortalité maternelle est passé de 530 à 501 décès pour 100.000 naissances vivantes entre 2018 et 2025 (Fonds des Nations Unies pour la Population, 2026). Toutefois, ce niveau demeure élevé et nécessite la poursuite des investissements dans les soins obstétricaux et néonatals, la formation du personnel de santé, la disponibilité des médicaments essentiels et le renforcement des services de santé reproductive.
C’est dans ce contexte qu’un module spécial inclus dans le questionnaire de l’enquête Afrobarometer Round 10 explore les opinions des Guinéens sur la santé et les droits sexuels et reproductifs.
Les Guinéens affichent un soutien contrasté aux droits sexuels et reproductifs des femmes et des filles. Si une majorité d’entre eux sont favorables à leur autonomie dans les choix du mariage, ainsi qu’à la poursuite de la scolarité des élèves enceintes ou mères et à l’éducation sexuelle à l’école, ils se montrent beaucoup plus réservés sur l’autonomie reproductive et l’accès universel à la contraception. Seuls environ trois répondants sur 10 estiment que les femmes devraient pouvoir décider du moment et du nombre d’enfants qu’elles souhaitent avoir, et soutiennent un accès aux contraceptifs indépendamment de l’âge et du statut matrimonial.
Par ailleurs, l’avortement demeure largement rejeté, même si la vie ou la santé de la femme enceinte est en danger.
Related content