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Key findings
  • Neuf Togolais sur 10 (91%) pensent que les filles devraient être autorisées à poursuivre leur scolarité même si elles tombent enceintes ou ont des enfants.
  • Plus de huit répondants sur 10 (84%) soutiennent l’enseignement de l’éducation à la sexualité à l’école.
  • La majorité des répondants pensent que les contraceptifs devraient être accessibles à toute personne sexuellement active quel que soit son âge (54%) ou son statut matrimonial (64%).
  • La grande majorité des répondants estiment que les femmes devraient être libres de décider si et quand elles se marient (86%), ainsi que du moment où elles souhaitent avoir des enfants et du nombre d’enfants qu’elles souhaitent avoir (65%).
  • Près de quatre Togolais sur 10 (38%) déclarent que les femmes et les jeunes filles de leur communauté interrompent « occasionnellement » ou « souvent » leurs grossesses.
  • La majorité (67%) des Togolais considèrent que l’avortement est « parfois justifié » ou « toujours justifié » lorsque la grossesse met en danger la santé ou la vie de la femme enceinte. Un peu plus de la moitié (52%) partagent cet avis lorsque la grossesse résulte d’un viol ou d’un inceste. En revanche, de fortes majorités estiment que l’avortement n’est « jamais justifié » à cause des difficultés financières (68%) ou lorsqu’il s’agit d’une grossesse non désirée, quelle qu’en soit la raison (71%).

La santé et les droits sexuels et reproductifs des femmes, étroitement liée à des droits  fondamentaux tels que le droit à la vie, à la santé, à la non-discrimination et au respect de la  vie privée, demeurent un enjeu majeur en Afrique. Les cadres internationaux rappellent que  les Etats ont l’obligation de garantir des services de santé reproductive disponibles, accessibles et exempts de toute discrimination, alors même que d’importantes disparités  persistent encore dans l’accès effectif aux soins (Nations Unies, n.d.). 

Au Togo, les questions relatives à la santé et aux droits sexuels et reproductifs ont regagné  une place centrale dans le débat public, notamment en raison de la recrudescence des  grossesses en milieu scolaire ces dernières années. Seulement pour le compte de l’année  

académique 2024-2025, 2.284 cas de grossesses ont été enregistrées dont 17 au niveau  primaire, 1.319 au premier cycle du secondaire et 948 au second cycle (Ministère des  Solidarités, du Genre, de la Famille et de la Protection de l’Enfance, 2026). Ces grossesses  précoces compromettent la scolarisation des jeunes filles, en favorisant les abandons  scolaires et les redoublements, tout en les exposant à des risques sanitaires accrus (Women in  Law and Development in Africa, 2026). 

Sur le plan législatif, le Togo a renforcé son cadre de protection des apprenants contre les  abus sexuels. La loi relative à la protection des apprenants contre cette forme de violence prévoit des sanctions pénales contre les auteurs d’abus sexuels dans les établissements  scolaires, centres d’apprentissage et structures de formation professionnelle. Toute personne  responsable d’une grossesse chez une apprenante âgée de 16 ans encourt une peine  d’emprisonnement de 1 à 5 ans ainsi qu’une amende pouvant aller jusqu’à 8.300 dollars américains. Ces peines sont doublées lorsque la victime a moins de 16 ans (Assemblée  Nationale, 2022). 

Au-delà du cadre juridique, le Togo a engagé plusieurs initiatives visant à prévenir les  grossesses en milieu scolaire et à renforcer l’accès aux services de santé reproductive. Parmi  celles-ci figurent le Programme National de Lutte contre les Grossesses et Mariages chez les  Adolescentes, la mise en place de cellules communautaires de veille, le renforcement du cadre juridique de protection ainsi que l’adhésion à l’initiative Family Planning 2030, dont  l’objectif est de porter la prévalence de la contraception moderne chez l’ensemble des  femmes de 23,2% en 2022 à 29,5% en 2026 (République Togolaise, 2015 ; Actu Togo, 2026 ;  Family Planning 2030, n.d.). Ces efforts s’inscrivent dans une dynamique d’amélioration  progressive du recours aux méthodes contraceptives modernes, dont la prévalence est  passée de 15,6% en 2012 à 24,9% en 2024 (Republic of Togo, 2025).

Parallèlement, des organisations de la société civile, telles que l’Association Togolaise pour le  Bien-Etre Familial (2025), mène des actions de proximité en matière d’éducation sexuelle et  de prévention des avortements clandestins. 

Malgré ces efforts, plusieurs défis persistent. Une étude menée auprès des patientes admises  en soins de gynécologie obstétricale révèle un recours croissant à l’avortement provoqué, notamment chez les jeunes femmes. Les complications liées à ces pratiques représentent  plus de 20% des cas d’avortement pris en charge (Ketevi et al., 2025). Parmi les principaux  motifs évoqués figurent la peur de la réaction des parents, la volonté de poursuivre les études et les contraintes professionnelles. 

C’est dans ce contexte qu’un module spécial inclus dans le questionnaire de l’enquête  Afrobarometer Round 10 explore les opinions des Togolais sur la santé et les droits sexuels et  reproductifs.

Les résultats révèlent un large  soutien aux droits sexuels et  reproductifs des femmes et des filles. De fortes majorités approuvent la poursuite de la  scolarité des filles enceintes ou mères, l’enseignement de l’éducation à la sexualité à  l’école, ainsi que le droit des femmes à décider librement de  leur mariage et de leur procréation. 

La majorité des Togolais soutiennent également un  accès aux contraceptifs indépendamment de l’âge  ou du statut matrimonial. 

S’agissant de l’interruption  volontaire de grossesse, près de  quatre répondants sur 10 estiment qu’elle est fréquente dans leur  communauté. Si une majorité de répondants jugent l’avortement  justifié lorsque la grossesse met en  danger la santé ou la vie de la  femme ou résulte d’un viol ou  d’un inceste, de fortes majorités le rejettent lorsqu’il est motivé par  des difficultés économiques ou  lorsqu’il s’agit d’une grossesse  non désirée quelle qu’en soit la raison. 

Iman Badana Egougnon

Iman Badana Egougnon est chercheur au Center for Research and Opinion Polls (CROP), partenaire national d’Afrobarometer au Togo.

Judith Avosse Ablavi

Ablavi Judith Avosse est stagiaire au Center for Research and Opinion Polls (CROP).