Skip to content
Dispatch

AD1206: Le défi de l’autonomisation des femmes en Afrique : De profondes inégalités limitent encore les perspectives des femmes rurales

En matière d'éducation, de possession d'actifs et d'accès aux ressources technologiques et financières, le fossé urbain-rural accentue les écarts genre.
Download (French)
Key findings
  • A travers 38 pays africains, les femmes sont moins instruites que les hommes : 54% d’entre elles ont le niveau d’étude secondaire ou post-secondaire, contre 62% des hommes. Elles sont également plus nombreuses à ne pas avoir reçu d’instruction formelle (19% contre 13%).
  • Les femmes en âge de travailler sont moins susceptibles que les hommes d'avoir un emploi rémunéré (25% contre 39%). Les femmes rurales sont moins bien loties que les femmes urbaines (19% contre 30%), et les écarts au niveau national peuvent atteindre 34 points de pourcentage (en Eswatini).
  • Les femmes sont moins susceptibles que les hommes de posséder des actifs clés, notamment une voiture ou moto (16% contre 35%), des actifs financiers tels qu’un compte bancaire (33% contre 43%) et un compte mobile money (56% contre 64%), et des outils numériques tels qu’un téléphone (82% contre 89%) et un ordinateur (16% contre 22%).
  • Les femmes participent moins aux activités politiques que les hommes. Dans plusieurs domaines, notamment le vote et l'adhésion à des partis politiques, les femmes rurales sont plus nombreuses que leurs homologues urbaines.

L’autonomisation des femmes est un objectif central des politiques de développement depuis des décennies, comme en témoignent les buts et objectifs fondamentaux de l’Agenda 2063 de l’Union Africaine (2015) et des Objectifs de Développement Durable (ODD) des Nations Unies (2015). Cette ambition est de plus en plus intégrée à tous les documents, des plans nationaux de développement aux textes fondateurs de la Zone de Libre-Echange Continentale Africaine (ZLECAf) (Ankut, 2025 ; Naliaka, 2025), car l’égalité des droits entre les femmes et les hommes est censée libérer tout leur potentiel en matière d’apprentissage, de travail, de création, de participation, de gestion et de leadership. L’autonomisation des femmes est considérée comme un moyen essentiel de faire progresser les sociétés sur les plans social, économique et politique (Okoh, 2024 ; ONU Femmes, 2021).

La priorité accordée à l’autonomisation des femmes et les objectifs fixés par l’Agenda 2063 et les ODD ont contribué à des progrès modestes au cours de la dernière décennie, tant au niveau mondial qu’en Afrique (Fondation Mo Ibrahim, 2025 ; ONU Femmes, 2025). Cependant, ces progrès sont lents et inégaux (Centre Africain pour la Transformation Economique, 2025), et l’Indice de l’égalité des sexes en Afrique révèle que les femmes africaines n’ont toujours accès qu’à environ la moitié des opportunités sociales, économiques et politiques dont bénéficient les hommes (Groupe de la Banque Africaine de Développement & Commission Economique des Nations Unies pour l’Afrique, 2024). De même, l’Indice de l’égalité des sexes des ODD 2024 montre qu’aucun pays au monde n’a atteint l’égalité des sexes, et en Afrique, Maurice est le seul pays à obtenir une note « acceptable » concernant la condition féminine, contrairement aux notes « médiocres » ou « très médiocres » attribuées au reste du continent. Au rythme actuel des progrès, Equal Measures 2030 (2024) prévoit que peu de femmes vivront assez longtemps pour voir l’égalité des sexes se réaliser.

Les obstacles peuvent être particulièrement importants pour les femmes rurales, qui pourraient jouer un rôle clé en tant que moteurs du développement économique (Maina, 2025 ; Moyo, 2025 ; Observatoire des Femmes des Nations Unies, 2012a, b). Pourtant, la plupart des initiatives visant à suivre les progrès des femmes ne tiennent pas compte de la distinction essentielle entre les expériences, les défis et les réussites des femmes rurales et celles des femmes urbaines, qui peuvent être très différentes. Pour nombre d’entre elles, le manque d’accès aux infrastructures et aux services de base accroît leurs contraintes de temps et limite leur capacité à tirer parti des informations et des opportunités indispensables à l’épanouissement de leur plein potentiel. Les femmes rurales sont également plus susceptibles d’être freinées par des attitudes et des attentes profondément ancrées (Ankut, 2025). Or, la plupart des indicateurs d’égalité des femmes ignorent ces différences cruciales entre les milieux urbains et ruraux.

Dans ce rapport, nous nous intéressons aux inégalités en matière d’autonomisation des femmes, non seulement en les comparant aux hommes, mais aussi en comparant leurs expériences et leurs opportunités en milieu urbain et rural, que ce soit à l’école, au travail, dans les instances politiques ou au sein de leurs foyers. Cette approche met en lumière un fait crucial : Les femmes rurales sont souvent laissées pour compte, non seulement en matière d’éducation, mais aussi quant à leur capacité à participer pleinement à un monde de plus en plus numérique et connecté. De fait, en ce qui concerne l’accès aux technologies clés, aux moyens de communication et aux ressources financières, les écarts entre les femmes et les hommes en milieu urbain sont parfois bien moindres que ceux qui séparent les femmes des villes et celles des campagnes. Et bien que l’Afrique soit un continent en voie d’urbanisation, l’échantillon du Round 10 d’Afrobarometer (2024/2025) – réparti proportionnellement aux statistiques du recensement de chaque pays – reste composé à peu près également de répondantes urbaines (51%) et rurales (49%). Autrement dit, près de la moitié des femmes africaines vivent encore en zone rurale, et si ce groupe est laissé pour compte, les conséquences négatives sur le développement économique, social et politique seront considérables.

Un point encourageant toutefois : Les femmes rurales surpassent leurs homologues urbaines dans plusieurs aspects clés de la participation politique, révélant un niveau d’engagement qui pourrait être exploité comme mécanisme pour faire entendre la voix des femmes rurales et accélérer et étendre le processus de changement dans les communautés rurales.

Dominique Dryding

Dominique Dryding is Afrobarometer's capacity building manager (basic track).

Josephine Appiah-Nyamekye Sanny

Josephine is Afrobarometer's director of communications.

Carolyn Logan

Carolyn is a senior adviser at Afrobarometer.