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Key findings
  • Près de quatre Tchadiens sur 10 (36%) estiment que la violence contre les filles et les femmes est courante dans leur communauté.
  • La majorité (56%) des répondants pensent qu’il est « parfois » ou « toujours » justifié pour un homme de battre sa femme.
  • Environ trois répondants sur 10 affirment qu’il arrive « souvent » ou « toujours » que les élèves filles ou étudiantes soient victimes de discrimination, de harcèlement ou de demandes de faveurs sexuelles de la part de leurs enseignants (30%) et que les femmes soient harcelées sexuellement dans des lieux publics (27%).
  • Moins de la moitié (46%) des citoyens tchadiens estiment qu’il est « quelque peu probable » ou « très probable » que les victimes de VBG portent plainte.
  • De même, 45% des répondants pensent qu’il est « quelque peu probable » ou « très probable » que les filles et les femmes victimes de discrimination ou de harcèlement qui se plaignent soient crues par leur communauté.
  • La préférence pour le règlement à l’amiable, la peur des représailles et les pesanteurs sociales ou culturelles sont les trois principales raisons qui empêchent souvent les victimes de VBG de porter plainte, selon les répondants.
  • La grande majorité (84%) des Tchadiens disent que la police et les tribunaux doivent faire plus pour protéger les femmes et les filles contre la discrimination et le harcèlement.

Les violences basées sur le genre (VBG) constituent un problème majeur de santé publique  et de droits humains dans de nombreux pays au monde, et le Tchad ne fait pas exception.  Selon l’Enquête Démographique et de Santé et à Indicateurs Multiples 2014-2015, trois sur 10  femmes âgées de 15-49 ans ont subi des violences physiques depuis l’âge de 15 ans, et plus  de deux sur 10 ont été victimes de violences sexuelles (Institut National de la Statistique, des  Études Économiques et Démographiques, 2021a). Par ailleurs, le Tchad figure parmi les pays  les plus touchés par le mariage des enfants, près de deux tiers des filles étant mariées avant  l’âge de 18 ans (Fonds des Nations Unies pour la Population, 2015). 

La perception des VBG au Tchad est fortement influencée par des normes culturelles qui  tendent à normaliser certaines pratiques néfastes. Le mariage précoce, la violence  conjugale, les mutilations génitales et certaines formes de contrôle économique sont  souvent perçues comme faisant partie des traditions légitimes plutôt que comme des  violations des droits des femmes (Dariustone, 2022). Cette normalisation est d’autant plus  préoccupante qu’elle s’accompagne d’une faible sensibilisation aux droits des femmes, en  particulier dans les zones rurales (Institut National de la Statistique, des Études Économiques  et Démographiques, 2021b). Le Plan Stratégique National de Lutte contre les Violences  Basées sur le Genre 2023-2027 confirme que la situation se caractérise par sa complexité et  sa diversité régionale (Ministère de la Femme, de la Famille et de la Protection de l’Enfance,  2023). 

Face à ces défis, le gouvernement tchadien, avec l’appui de ses partenaires, a renforcé ses  efforts de lutte contre les VBG. Des centres de prise en charge ont été mis en place pour  accompagner les survivantes, tandis que des campagnes de sensibilisation sont  régulièrement menées afin de promouvoir l’égalité de genre et de faire évoluer les normes  sociales. Les autorités ont également mobilisé les leaders traditionnels et religieux, renforcé  les capacités des acteurs de première ligne et intégré progressivement la prévention et la  prise en charge des VBG dans les politiques publiques en faveur de la protection des  femmes et des filles (Fonds des Nations Unies pour la Population, 2023a,b ; Ngarndinon, 2023). 

Cette analyse vise à mettre en lumière les perceptions des Tchadiens sur les VBG, tout en  identifiant les voies possibles pour les éradiquer. 

Plus d’un tiers des citoyens considèrent que la violence contre les femmes et les filles est  courante dans leur communauté, et une majorité d’entre eux jugent justifié qu’un homme  batte sa femme. Des cas fréquents de discrimination et de harcèlement, tant à l’école que  dans les espaces publics, sont également signalés. 

Seulement environ la moitié des répondants estiment qu’il est probable que les victimes de  VBG portent plainte auprès des autorités. Moins de la moitié pensent qu’il est probable que les femmes qui se plaignent de harcèlement ou de discrimination soient crues par leur  communauté. La préférence pour les règlements à l’amiable, la peur des représailles, et les  pressions sociales sont les trois principales raisons qui empêchent souvent les victimes de porter plainte, selon les répondants.  

Face à ces défis, une très large majorité des Tchadiens appellent à un renforcement des  actions de la police et de la justice pour mieux protéger les femmes et les filles. 

Younous Abdoulaye

Younous Abdoulaye est chercheur associé au Laboratoire d’Etudes et de Recherche en  Economie Appliquée et Gestion (LAEREAG)

Gladys Madjilem

Gladys Madjilem est chercheure associée au LAEREAG.