- En moyenne à travers 38 pays, la majorité des Africains soutiennent l'autonomie des femmes dans les décisions de mariage (75%) et de procréation (62%).
- Mais les femmes sont moins susceptibles que les hommes de dire qu’elles prennent elles-mêmes les décisions concernant la gestion de leurs revenus (36% contre 44%).
- Une majorité (57%) d'Africains soutiennent l'égalité des droits des femmes à l'emploi, bien que plus d'un tiers (38%) estiment que les hommes devraient être prioritaires lorsque l’emploi se fait rare.
- La préférence des employeurs d’embaucher les hommes et le manque supposé de formation ou de compétences nécessaires sont les obstacles les plus fréquemment cités comme empêchant les femmes d'intégrer et de progresser sur le marché du travail, suivis par le manque de solutions de garde d'enfants et de possibilités de travail flexible ou à distance.
- Près d’un quart (23%) des répondants affirment que les femmes sont « souvent » ou « toujours » empêchées de travailler par leurs maris ou leur famille.
- Plus d'un quart (27%) des répondants affirment que les écolières sont « souvent » ou « toujours » confrontées à de la discrimination, du harcèlement ou des demandes de faveurs sexuelles de la part de leurs enseignants.
- A peu près la même proportion (28%) de répondants déclarent que les femmes subissent « souvent » ou « toujours » du harcèlement sexuel dans les espaces publics comme sur les marchés, dans la rue et dans les transports publics.
- Environ deux tiers (65%) des citoyens affirment que les femmes et les filles ont de fortes chances d’être crues si elles se plaignent de discrimination ou de harcèlement.
- Cependant, plus des trois quarts (78%) estiment que la police et les tribunaux devraient faire davantage pour protéger les femmes et les filles contre un tel traitement.
- Deux tiers (66%) des femmes déclarent qu’elles ou un membre de leur famille ont manqué de médicaments ou de soins médicaux au moins une fois au cours de l’année précédente.
- Les femmes rurales sont plus susceptibles que les femmes urbaines de manquer de soins médicaux (72% contre 59%).

L’égalité des genres et les droits des femmes sont au cœur du programme de développement de l’Afrique. L’Agenda 2063 de l’Union Africaine définit « la pleine égalité des genres dans tous les domaines de la vie » comme un objectif fondamental. Cela inclut l’égalité des droits en matière de propriété, d’héritage, de contrats et d’accès aux services financiers, ainsi que la réduction des violences faites aux femmes (Union Africaine, 2015). De même, les Objectifs de Développement Durable (ODD) des Nations Unies placent l’égalité des genres au centre de l’agenda mondial du développement, à la fois comme objectif spécifique (ODD No. 5) et comme priorité transversale à tous les autres objectifs (Nations Unies, 2015). Les gouvernements africains ont formellement entériné ces engagements : La plupart des pays ont ratifié le Protocole de Maputo de 2003 relatif aux droits des femmes en Afrique (Union Africaine, 2003, 2023) et la Convention des Nations Unies sur l’Elimination de Toutes les Formes de Discrimination à l’Egard des Femmes.
Toutefois, des écarts importants persistent entre ces engagements et la réalité vécue par les femmes. Des données récentes indiquent que les progrès ont été inégaux et, dans certains domaines, ont même régressé. L’Indice de l’Egalité des Sexes en Afrique révèle que le score du continent en matière d’égalité économique entre les sexes a diminué, passant de 61% en 2019 à 58,2% en 2023, ce qui reflète la détérioration des conditions économiques qui a touché les femmes de manière disproportionnée (Groupe de la Banque Africaine de Développement & Commission Economique des Nations Unies pour l’Afrique, 2024). A travers l’Afrique, les femmes sont plus susceptibles que les hommes d’occuper des emplois précaires et informels, avec des revenus inférieurs et des conditions de travail plus difficiles. Elles continuent également de se heurter à un accès inégal à la terre, au financement, aux intrants agricoles et aux moyens de production, malgré leur rôle central dans la production alimentaire.
Des estimations mondiales récentes indiquent que les progrès vers l’égalité des sexes restent très insuffisants, les normes discriminatoires, la répartition inégale des responsabilités familiales et la faiblesse des protections institutionnelles continuant de limiter la participation économique et politique des femmes (ONU Femmes, 2025). L’Indice Femmes, Entreprises et Droit 2026 ne montre que des progrès graduels sur le continent africain, tandis que l’Indice ODD Genre 2024 a constaté qu’à l’échelle mondiale, aucun pays n’est en voie d’atteindre l’égalité des sexes d’ici 2030 ; la plupart des pays d’Afrique subsaharienne sont classés comme présentant des environnements « médiocres » ou « très médiocres » pour les femmes et les filles (Banque Mondiale, 2026 ; Equal Measures 2030, 2024).
Les résultats des enquêtes Afrobarometer Round 10, menées dans 38 pays africains en 2024/2025, dressent un tableau contrasté. Si une majorité d’Africains soutiennent l’autonomie des femmes en matière de mariage et de maternité, ces dernières sont moins impliquées que les hommes dans les décisions financières du ménage. Bien que plus de la moitié des citoyens approuvent l’égalité des sexes à l’embauche, une minorité significative de répondants indiquent que leur conjoint et leur famille les empêchent de travailler.
Des minorités notables expriment également leur inquiétude face au harcèlement sexuel des femmes et des filles dans les espaces publics, notamment à l’école. Si une majorité de citoyens sont convaincus que les victimes de discrimination ou de harcèlement qui portent plainte seront crues, une proportion encore plus importante de répondants exigent des mesures plus fermes de la part de la police et des tribunaux pour protéger les femmes et les filles contre de tels agissements.
Ces vulnérabilités dépassent le cadre de la sécurité publique et de la discrimination pour toucher d’autres aspects essentiels du bien-être, notamment l’accès aux soins de santé. Deux tiers des femmes déclarent qu’elles ou leurs proches ont manqué de soins médicaux ou de médicaments au moins une fois au cours de l’année précédente, ce taux dépassant même neuf sur 10 dans les zones rurales de certains pays.
Ces résultats mettent en évidence des écarts persistants entre les engagements politiques et leur mise en œuvre. Ils révèlent également un décalage entre le large soutien du public aux droits des femmes et les réalités auxquelles nombre d’entre elles restent confrontées.
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