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Key findings
  • L'espace et les libertés civiques sont des éléments essentiels de la gouvernance démocratique. Lors des précédentes enquêtes Afrobarometer, les Africains ont systématiquement défini la démocratie en termes de libertés civiques (Afrobarometer, 2002 ; Bratton, 2010). Le recours actif à la répression juridique, réglementaire et physique par les gouvernements pour limiter la dissidence et affaiblir l’action citoyenne va donc à l’encontre des aspirations populaires sur le continent. A travers les 38 pays sondés en 2024/2025, les Africains expriment largement leur soutien à leur droit d’adhérer à n’importe quelle organisation, ainsi qu’à la liberté de la presse, sans censure, et à sa responsabilité de rapporter les errements du gouvernement. Cependant, la perception de la garantie des libertés par les gouvernements présente un tableau contrasté. Alors que de nombreux citoyens affirment pouvoir s’associer librement et voter sans subir de pressions, seuls 13 des 38 pays comptent une majorité de citoyens qui se sentent « entièrement » libres d’exprimer leurs opinions. En outre, la perception de la liberté d’expression a reculé au cours de la dernière décennie, et seule une faible majorité d’Africains considèrent leur presse libre.
  • Une large majorité des répondants soutiennent la liberté de la presse : 65% approuvent le droit des médias de publier sans aucune forme de contrôle gouvernemental, et 72% estiment que la presse doit enquêter et dénoncer la corruption et les erreurs du gouvernement.
  • A travers les 30 pays sondés régulièrement depuis 2019/2021, la demande populaire relative à la liberté d’association ainsi que le soutien à la liberté de publication de la presse et à son rôle de contre-pouvoir sont restés relativement stables.
  • Environ deux tiers (65%) des citoyens déclarent se sentir « assez » ou « entièrement » libres d'exprimer leurs opinions, mais ce chiffre marque une baisse de 7 points de pourcentage ces 10 dernières années.
  • Dans 25 des 38 pays sondés, moins de la moitié des citoyens se sentent « entièrement » libres d’exprimer leurs opinions. Le sentiment de jouir d’une totale liberté d’expression est particulièrement rare en Eswatini (18%), au Togo (15%), aux Comores (8%) et au Congo-Brazzaville (7%).
  • Une grande majorité des répondants se disent « assez » ou « entièrement » libres d’adhérer à l’organisation politique de leur choix (77%) et de voter pour le candidat de leur choix sans se sentir sous pression (86%).
  • Une grande majorité des répondants se disent « assez » ou « entièrement » libres d’adhérer à l’organisation politique de leur choix (77%) et de voter pour le candidat de leur choix sans se sentir sous pression (86%).
  • Une petite majorité (53%) de répondants considèrent que la presse dans leur pays est « assez » ou « entièrement » libre de couvrir l’actualité sans ingérence du gouvernement.
  • La liberté de la presse telle qu'elle est perçue a décliné dans 20 des 30 pays régulièrement sondés entre 2019 et 2025.
  • Les citoyens qui déclarent bénéficier d'une plus grande liberté de s’exprimer, de s'affilier à l'organisation politique de leur choix et de choisir pour qui voter sont plus susceptibles d'exprimer leur confiance aux institutions démocratiques clés et moins susceptibles d'y percevoir une corruption généralisée.

Le Civicus Monitor (2025), qui évalue les libertés civiques à travers le monde, révèle que  l’espace civique est fortement restreint dans une grande partie de l’Afrique. Sur les 50 pays et  territoires d’Afrique subsaharienne inclus dans son évaluation, 44 sont classés dans les  catégories « obstrué », « réprimé » ou « fermé ». Le rapport fait état de cas tels que celui du  Soudan, où les défenseurs des droits de l’homme et les journalistes ont été confrontés à des  menaces et à des violences meurtrières, ainsi que ceux de l’Ouganda, de la Tanzanie et du  Burundi, où les partis d’opposition, les groupes de la société civile et les journalistes ont subi une répression continue et des violences électorales. Il documente également  des cas à Madagascar et dans d’autres pays où les forces de sécurité ont eu  recours à une force excessive contre des manifestants. 

Partout sur le continent, les gouvernements ont multiplié les mesures répressives à l’encontre des médias, de la société civile et des acteurs civiques, souvent dans le but de saper l’action civique et la capacité d’organisation des groupes d’opposition (Gerschewski, 2013). Dans les pays  touchés par l’insurrection ou le terrorisme, les gouvernements ont justifié la restriction des  libertés civiques en invoquant la nécessité de préserver la sécurité nationale (Smidt, 2018). Les  épidémies et les pandémies ont également été invoquées par certains gouvernements pour  restreindre les libertés civiques, notamment en reportant les élections et en procédant à  l’arrestation et à la détention arbitraires de manifestants (Gargard, 2020). 

Les libertés civiques sont officiellement protégées par les constitutions nationales et les cadres  régionaux tels que la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples. A l’instar de  nombreuses constitutions nationales, cette charte garantit des droits fondamentaux,  notamment la liberté d’expression, de circulation et d’association (Organisation de l’Unité  Africaine, 1981). Mais dans la pratique, les gouvernements contournent souvent ces  protections en adoptant des lois qui restreignent l’exercice des libertés. Par exemple, le Kenya  et la Zambie ont adopté des lois limitant la liberté d’expression en ligne (Human Rights Watch,  2025 ; Short, 2024). Des dispositifs juridiques similaires ont été mis en place au Burundi, au  Cameroun, en Sierra Leone, en Tanzanie et en Ouganda pour restreindre la liberté  d’expression et faire taire les critiques (Paradigm Initiative, 2025). 

La rapide expansion de l’accès à Internet sur l’ensemble du continent avait initialement suscité  l’espoir que les technologies numériques ouvriraient des perspectives nouvelles pour la  participation citoyenne, en permettant aux citoyens de se mobiliser et de coordonner des  actions collectives via les réseaux sociaux. Cependant, ces technologies ont également  renforcé la capacité de contrôle de l’Etat. Les gouvernements n’ont cessé d’étendre les  restrictions imposées sur l’espace civique à la sphère numérique, les coupures d’Internet  devenant l’outil de prédilection pour limiter la participation civique. Ces coupures sont de plus  en plus courantes, notamment lors des élections nationales, lorsque les autorités cherchent à  réprimer la dissidence et à contrôler la circulation de l’information (Baum & van Rooyen, 2025).

L’espace et les libertés civiques sont des éléments essentiels de la gouvernance  démocratique. Lors des précédentes enquêtes Afrobarometer, les Africains ont  systématiquement défini la démocratie en termes de libertés civiques (Afrobarometer, 2002 ;  Bratton, 2010). Le recours actif à la répression juridique, réglementaire et physique par les  gouvernements pour limiter la dissidence et affaiblir l’action citoyenne va donc à l’encontre  des aspirations populaires sur le continent. 

A travers les 38 pays sondés en 2024/2025, les Africains expriment largement leur soutien à leur  droit d’adhérer à n’importe quelle organisation, ainsi qu’à la liberté de la presse, sans censure,  et à sa responsabilité de rapporter les errements du gouvernement. 

Cependant, la perception de la garantie des libertés par les gouvernements présente un  tableau contrasté. Alors que de nombreux citoyens affirment pouvoir s’associer librement et  voter sans subir de pressions, seuls 13 des 38 pays comptent une majorité de citoyens qui se  sentent « entièrement » libres d’exprimer leurs opinions. En outre, la perception de la liberté  d’expression a reculé au cours de la dernière décennie, et seule une faible majorité d’Africains  considèrent leur presse libre. 

Anne Okello

Anne is the assistant project manager for East Africa

Bernice Appiah

Bernice Appiah is a master of public policy student at Michigan State University and a research assistant for Afrobarometer.

Joseph Asunka

Joseph Asunka is the chief executive officer at Afrobarometer.