- Les jeunes tunisiens (18-35 ans) sont plus instruits que les générations précédentes. Plus des trois quarts (78%) d’entre eux ont atteint au moins le niveau d’études secondaires, dont 33% possèdent des qualifications post-secondaires.
- Mais les jeunes sont aussi plus susceptibles d'être au chômage. Près de trois jeunes tunisiens sur 10 (29%) déclarent être sans emploi et rechercher activement un travail, contre 14%-25% des personnes d'âge moyen interrogées.
- Outre la conjoncture économique générale, les jeunes tunisiens citent le plus souvent la réticence à occuper certains emplois, notamment dans l'agriculture, et le manque d'expérience exigé par les employeurs comme principaux obstacles à l'emploi des jeunes.
- Si on leur donnait le choix d’un emploi, près des deux tiers (65%) des jeunes diraient qu’ils créeraient leur propre entreprise, tandis qu’un quart (25%) préféreraient travailler dans le secteur public.
- Si le gouvernement augmentait ses dépenses pour soutenir les jeunes, ces derniers privilégieraient la création d’emplois (58%) avant tout.
- Le chômage figure en tête des préoccupations des jeunes tunisiens, suivi par la hausse du coût de la vie, la santé, la gestion de l'économie et la corruption.
- Les jeunes ont des avis partagés sur l'action du gouvernement concernant leurs principales priorités. Plus de la moitié (52%) approuvent les efforts du gouvernement pour lutter contre la corruption, mais ils sont moins nombreux à saluer ses résultats en matière de réduction de la criminalité (40%), de prise en charge des besoins éducatifs (40%) et d'amélioration des services de santé de base (34%). Seuls 13% sont satisfaits des efforts du gouvernement pour créer des emplois.
- Malgré tout, ces évaluations reflètent des améliorations notables sur la plupart des priorités clés depuis 2022.
- Les jeunes tunisiens ont des opinions partagées sur l’orientation générale et la situation économique du pays. Une majorité (57%) d’entre eux estiment que le pays va « dans la mauvaise direction », et seule une petite minorité (16%) qualifient l'économie nationale de « plutôt bonne » ou « très bonne », même si 35% évaluent positivement leurs conditions de vie personnelles.
- Un quart (25%) des jeunes estiment que la situation économique s'est améliorée par rapport à l'année précédente, tandis qu'une proportion plus importante de jeunes (42%) pensent qu'elle s'est détériorée. Toutefois, pour les 12 prochains mois, près des deux tiers (65%) s'attendent à une amélioration de la conjoncture.
- Ces évaluations reflètent des fluctuations considérables au cours de la dernière décennie, notamment des baisses entre 2015 et 2022 suivies d'un net rebond de l'optimisme en 2024.
- Près des deux tiers (65%) des jeunes déclarent avoir envisagé d'émigrer, principalement pour trouver de meilleures perspectives d'emploi. La proportion de jeunes ayant « beaucoup » réfléchi à l'émigration a fortement augmenté depuis 2018, passant de 38% à 51%.

La Tunisie compte environ 12 millions d’habitants, dont 29% sont âgés de 15-29 ans et 43% constituent la population en âge de travailler (Banque Mondiale, 2025 ; Centre des Femmes Arabes pour la Formation et la Recherche, 2016). En 2011, de profondes difficultés économiques, des inégalités persistantes, une création d’emplois limitée et un chômage des jeunes élevé ont engendré un mécontentement social généralisé qui a abouti à la Révolution de Jasmin, inscrite dans le cadre plus large des soulèvements du Printemps Arabe (Saidin, 2018). Bien que la révolution ait initialement apporté une certaine stabilisation politique, la période post-révolutionnaire a été marquée par un affaiblissement de l’Etat et une faible croissance économique (Fethi, 2022).
Le chômage des jeunes, en particulier, demeure préoccupant. Son taux est passé d’environ 25% dans les années 1990 à environ 35% au début des années 2010 (Grundke & Cassimon, 2022). En 2018, plus de 85% des chômeurs avaient moins de 35 ans, ce qui met en évidence les obstacles structurels persistants auxquels se heurtent les jeunes tunisiens sur le marché du travail (Grundke & Cassimon, 2022). Parmi ces obstacles figurent la faiblesse des investissements nationaux, la corruption, le népotisme et les inégalités régionales qui touchent de manière disproportionnée les jeunes des régions intérieures et les jeunes femmes, ainsi que le chômage élevé des diplômés universitaires suite à la baisse de l’insertion professionnelle dans le secteur public (Fethi, 2022).
En réponse, la Tunisie a entrepris des réformes axées sur l’éducation, la formation professionnelle et l’emploi, notamment le Plan Stratégique pour l’Enseignement Supérieur et la Recherche Scientifique (2015-2025) et la Stratégie de Réforme de la Formation Professionnelle (2014-2018). Cependant, les progrès ont été inégaux en raison de l’instabilité politique et de l’absence d’une stratégie nationale unifiée pour l’emploi des jeunes (Agence des Etats-Unis pour le Développement International, 2024 ; Centre des Femmes Arabes pour la Formation et la Recherche, 2016). Des initiatives de collaboration soutenues par des partenaires internationaux, telles que l’Accélérateur pour la Croissance Verte et l’Emploi du Programme des Nations Unies pour le Développement (2025), ont cherché à promouvoir l’entrepreneuriat, la croissance verte et l’inclusion des jeunes, malgré les inquiétudes persistantes quant au recul démocratique, compte tenu de la consolidation du pouvoir du Président Kaïs Saïed depuis 2021 (Reuters, 2025).
Ce rapport présente les résultats d’un module d’enquête inclus dans le questionnaire Afrobarometer Round 10 visant à explorer les expériences et les points de vue des jeunes tunisiens sur les questions clés qui affectent leur vie.
Les résultats montrent que si les jeunes tunisiens sont plus instruits que leurs aînés, ils sont aussi plus susceptibles d’être au chômage. Selon eux, les principaux obstacles à l’emploi sont la réticence à accepter certains emplois, le manque d’expérience professionnelle et l’inadéquation entre leurs qualifications et les exigences du marché du travail. La plupart des jeunes estiment que le gouvernement a échoué en matière de création d’emplois, qu’ils considèrent comme le problème le plus important auquel leur pays est confronté.
La plupart des jeunes tunisiens estiment que le pays prend une mauvaise direction, et seule une minorité d’entre eux jugent l’économie nationale et leurs conditions de vie personnelles plutôt bonnes ou très bonnes. Malgré ce constat négatif, une large majorité des jeunes restent optimistes quant à une amélioration de l’économie dans un avenir proche.
Dans le même temps, plus de la moitié disent avoir « beaucoup » réfléchi à l’idée d’émigrer, principalement pour trouver de meilleures opportunités d’emploi.
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