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Key findings
  • Sept Sénégalais sur 10 (71%) estiment que le président de la République doit obéir aux lois et décisions de justice, même s’il pense qu’elles sont erronées.
  • Près de trois citoyens sénégalais sur quatre (61%) disent que le président de la République doit régulièrement rendre compte au Parlement de l’usage que fait son gouvernement de l’argent des contribuables.
  • Une proportion plus modérée de répondants (64%) estiment que le président de la République ignore « rarement » ou « jamais » les tribunaux et les lois du pays, tandis qu’une proportion légèrement plus élevée (66%) de Sénégalais considèrent qu’il ignore « rarement » ou « jamais » le Parlement.
  • La majorité (58%) des Sénégalais estiment que les gens sont « souvent » ou « toujours » inégalement traités devant la loi, soit une baisse de 21 points de pourcentage par rapport à 2022.
  • Près de six répondants sur 10 (59%) déclarent que les officiels qui commettent des infractions restent « souvent » ou « toujours » impunis. En revanche, seuls 38% estiment que les gens ordinaires qui enfreignent la loi restent impunis « souvent » ou « toujours ».
  • La majorité (58%) des Sénégalais estiment que les peines infligées aux personnes ordinaires sont trop sévères, tandis que seuls 18% pensent que celles infligées aux personnes influentes le sont. A l’inverse, près de la moitié des répondants (48%) jugent que les peines appliquées aux personnes influentes sont trop indulgentes, contre seulement 5% pour les personnes ordinaires.
  • Nombreux Sénégalais estiment que la « plupart » ou « tous » les policiers et gendarmes (39%) ainsi que les juges et magistrats (25%) sont impliqués dans des affaires de corruption, en plus d’environ quatre répondants sur 10 (36%-41%) qui pensent que certains d’entre eux le sont.

Le Sénégal est, depuis son indépendance, souvent présenté comme un modèle de  démocratie en Afrique, fondé sur des principes et des valeurs institutionnelles solides (Sylla,  2024). Toutefois, ces dernières années, les questions d’impunité et d’inégalités de traitement  devant la loi se sont imposées comme des préoccupations majeures (Boursin, 2024). Entre  2021 et 2024, le pays a été marqué par des manifestations d’ampleur dans un contexte de  forte judiciarisation du champ politique, qui a contribué à fragiliser le pacte social (Amnesty  International, 2024). 

Au cours de cette période, la justice et les forces de défense et de sécurité ont parfois  montré leurs limites dans la protection des droits et libertés des citoyens. Les décès enregistrés lors des manifestations, les arrestations arbitraires et les restrictions des libertés  fondamentales ont ainsi renforcé la perception d’un recul de l’Etat de droit (République du  Sénégal, 2024). 

Dans ce contexte, l’analyse des perceptions citoyennes permet de mieux comprendre les  dynamiques actuelles de l’État de droit au Sénégal. 

D’après les résultats de l’enquête Afrobarometer, les Sénégalais adhèrent aux principes de  l’Etat de droit et de redevabilité, une large majorité estimant que le président doit se  conformer aux lois et rendre compte de la gestion des ressources publiques au Parlement. Si  une proportion importante des citoyens considèrent que le président respecte  généralement les institutions, des perceptions critiques persistent quant au fonctionnement  du système judiciaire. 

En effet, plus de la moitié des citoyens estiment que les individus ne sont pas traités de  manière égale devant la loi, et une majorité de répondants perçoivent une impunité  fréquente des responsables publics.  

Par ailleurs, les peines sont jugées trop sévères pour les citoyens ordinaires, mais trop  indulgentes pour les personnes influentes, traduisant un sentiment d’injustice et de traitement  différencié selon le statut social.

Landry Adioye

Landry Adioye est titulaire d’un master en évaluation d’impact des politiques publiques,  participant à l’école d’été d’Afrobarometer 2025.