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Key findings
  • Une majorité (56%) des Maliens se disent « pas très confiants » ou « pas du tout confiants » que les gens ordinaires puissent obtenir justice devant les tribunaux.
  • Moins de la moitié des répondants estiment qu'il est « quelque peu probable » ou « très probable » d'obtenir une résolution équitable (45%) et rapide (38%) dans le cadre d'un procès. Seuls 44% pensent pouvoir se permettre d'intenter une action en justice.
  • Seuls deux répondants sur 10 (21%) disent être au courant de l’existence de services d’aide juridique disponibles dans leur communauté.
  • La plupart des citoyens disent qu’ils se tourneraient vers un chef ou un tribunal traditionnel (32%), la police (23%), ou un membre de la famille ou un aîné (22%) pour résoudre un problème juridique, tandis que seulement 5% se tourneraient vers un tribunal local.
  • Une légère majorité (52%) des Maliens déclarent faire « partiellement » ou « beaucoup » confiance aux tribunaux. La confiance au système judiciaire a augmenté de 17 points de pourcentage depuis 2020.
  • Environ quatre Maliens sur 10 (38%) considèrent que « la plupart » ou « tous » les juges et magistrats sont corrompus, soit une baisse de 25 points de pourcentage depuis 2020.
  • La majorité (57%) des répondants affirment que les gens sont « souvent » ou « toujours » traités de manière inégale devant la loi, et près de la moitié (46%) disent que les juges et les magistrats décident fréquemment des affaires en fonction de l’influence de personnes puissantes plutôt que de la loi.
  • Les trois quarts (75%) des Maliens estiment que la peine de mort est une punition juste pour les crimes les plus graves.

L’accès à la justice constitue un principe fondamental de l’Etat de droit (Nations Unies,  2019), garantissant les droits de tous les citoyens et exigeant des comptes de ceux qui  détiennent le pouvoir. 

En tant que signataire de la Déclaration universelle des droits de l’homme et de la Charte  africaine des droits de l’homme et des peuples, le Mali s’est engagé à respecter les droits  fondamentaux et à garantir l’accès à la justice pour tous ses citoyens (Union Africaine, 2021).  Le pays a ratifié de nombreuses conventions internationales relatives aux droits de l’homme,  notamment le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (Haut-Commissariat des  Nations Unies aux Droits de l’Homme, s.d.). Plus récemment, en décembre 2024, le  gouvernement de transition malien a promulgué un nouveau code pénal et un nouveau  code de procédure pénale, introduisant des réformes visant à renforcer l’accès à la justice  et à aligner le cadre juridique du pays sur les normes internationales relatives aux droits de  l’homme (Programme des Nations Unies pour le Développement, 2024). 

Pourtant, des défis considérables persistent pour garantir un accès équitable à la justice pour  tous les citoyens. Les critiques pointent du doigt les conditions de détention inhumaines, les  arrestations arbitraires et l’indépendance limitée du système judiciaire, entre autres  préoccupations (Département d’Etat Américain, 2024). Les organisations de défense des  droits humains ont documenté des cas de torture et de mauvais traitements infligés aux  détenus (Human Rights Watch, 2017), et le Haut-Commissariat des Nations Unies aux Droits  de l’Homme (2025) s’est inquiété du recul démocratique et de la répression de la société  civile. L’instabilité sécuritaire, notamment dans le nord et le centre du pays, a entravé le  fonctionnement de la justice, privant de nombreuses zones de tribunaux opérationnels  (Amnesty International, 2022). En 2025, le Mali occupait le 126e rang sur 143 pays dans  l’Indice de l’Etat de droit du World Justice Project (2024), reflétant une « expansion des  tendances autoritaires ». 

Avec le soutien du Programme des Nations Unies pour le Développement (2024), le  gouvernement a mis en œuvre le Programme d’appui à la Stabilisation du Mali par le  renforcement de l’Etat de droit (PROSMED) afin de consolider ce dernier et de garantir  l’accès à la justice. Ce programme soutient la modernisation du système judiciaire, le  renforcement des capacités du personnel judiciaire et les mécanismes communautaires de  résolution des conflits, notamment la médiation foncière. PROSMED a contribué à l’adoption,  en décembre 2024, de nouveaux codes pénaux et a renforcé les capacités opérationnelles  des centres judiciaires spécialisés. Cependant, Amnesty International (2022) souligne que les  réformes législatives et institutionnelles doivent s’accompagner de ressources  supplémentaires, d’une protection accrue des victimes et des témoins, ainsi que d’une volonté politique plus forte pour lever les obstacles institutionnels et juridiques qui privent les  victimes de crimes graves d’accès à la justice. 

Cette dépêche présente les résultats d’un module d’enquête spécial sur l’accès à la justice  inclus dans le questionnaire du Round 10 d’Afrobarometer. 

Les résultats montrent qu’une majorité de Maliens pensent que les citoyens ordinaires ne  peuvent pas obtenir justice devant les tribunaux, et moins de la moitié estiment pouvoir se  permettre d’intenter une action en justice ou d’obtenir une résolution équitable et rapide.  Peu d’entre eux connaissent l’existence de services d’aide juridique disponibles dans leur  communauté. 

Une part importante de la population ne font pas confiance aux tribunaux et considèrent la  corruption judiciaire comme un phénomène répandu, même si ces deux indicateurs se sont  considérablement améliorés depuis 2020. 

Une majorité de Maliens affirment que les citoyens sont traités de manière inégale devant la  loi, et près de la moitié estiment que les juges prennent des décisions fondées sur des  influences politiques plutôt que sur la loi. 

Une majorité de citoyens sont favorables à la peine de mort pour les crimes les plus graves. 

Richard Kweitsu

Richard Kweitsu is a PhD student in political science at the University of Florida.