- Près de trois Camerounais sur 10 (28%) déclarent que les filles sont « souvent » ou « toujours » privées de scolarisation au profit des garçons dans leur communauté, tandis qu’une proportion plus élevée de répondants (44%) disent que les femmes sont « souvent » ou « toujours » empêchées d'occuper un emploi rémunéré.
- La majorité (55%) estiment que les élèves et étudiantes sont « souvent » ou « toujours » victimes de discrimination, de harcèlement ou de sollicitations de faveurs sexuelles de la part de leurs enseignants, et près de la moitié (46%) déclarent que les femmes sont « souvent » ou « toujours » victimes de harcèlement sexuel dans les lieux publics.
- Les femmes ont moins bénéficié du niveau post-secondaire d’éducation que les hommes (20% contre 25%).
- Moins de femmes que d’hommes (31% contre 45%) déclarent occuper un emploi à plein temps ou à temps partiel.
- La majorité (54%) des Camerounais estiment que les hommes ne devraient pas avoir le droit à un emploi plus que les femmes.
- En 2022, la majorité des Camerounais ont soutenu l’égalité d’accès au foncier (69%) et ont estimé que les femmes ont aujourd’hui les mêmes chances que les hommes de posséder et d’hériter des terres (65%).
- Les femmes sont moins nombreuses que les hommes (34% contre 52%) à affirmer qu’elles prennent elles-mêmes les décisions quant à la gestion de leurs revenus.
- En 2022, le manque de femmes à des postes d’influence dans le gouvernement était le premier défi lié au genre à adresser par le gouvernement et la société, aux yeux des Camerounais.
- En 2022, la majorité des Camerounais ont approuvé les performances de leur gouvernement en matière de promotion de l’égalité des droits et des chances pour les femmes (58%), mais ont estimé qu’il doit faire davantage dans ce domaine (71%).

L’égalité de genre, reconnue depuis plusieurs décennies par les Nations Unies et consacrée par des conventions internationales telles que la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (Union Interparlementaire, 2023) et le Protocole de Maputo (Union Africaine, 2003), constitue un principe fondamental de justice sociale et un moteur essentiel de développement économique.
Malgré les avancées juridiques enregistrées dans plusieurs pays africains, l’application effective des droits demeure inégale d’un pays à l’autre. Le Cameroun reste l’une des sociétés les plus marquées par le patriarcat sur le continent, se classant 150e sur 189 pays en matière d’inégalités entre les femmes et les hommes sur le Gender Inequality Index du Programme des Nations Unies pour le Développement (2025).
Les filles sont moins scolarisées que les garçons, en particulier dans certaines régions et en milieu rural, où les écarts se creusent dès le primaire (Malang, 2017). Sur le marché du travail, les femmes participent moins, sont majoritairement concentrées dans des emplois informels ou agricoles, et perçoivent des revenus nettement inférieurs, avec un écart salarial pouvant dépasser 40% (Mbodiam, 2025). Seules 3% d’entre elles possèdent une maison, et moins de 10% détiennent un titre foncier à leur nom (République du Cameroun, 2019). Ces désavantages se reflètent également dans la sphère décisionnelle, où les femmes demeurent largement sous-représentées, n’occupant qu’environ un tiers des siège parlementaires et à peine un cinquième des postes de cadres supérieurs (Union Interparlementaire, 2024 ; Datacameroon, 2022).
Pour promouvoir l’égalité des genres, le gouvernement camerounais a mis en place une Politique Nationale Genre, accompagnée d’un plan d’action multisectoriel visant à guider les interventions institutionnelles (ONU Femmes, 2021). L’Etat apporte également un soutien aux projets visant à renforcer les capacités des collectivités locales afin d’intégrer des priorités sensibles au genre dans la planification et les budgets municipaux, incluant la création de comités genre et de structures locales de gouvernance inclusive (ONU Femmes, 2025).
Cette présente dépêche fait l’examen des modules d’enquête spéciaux inclus dans les questionnaires Afrobarometer du Round 10 (2024) et du Round 9 (2022) pour explorer les perceptions des Camerounais sur l’égalité des sexes.
Les résultats montrent que les inégalités de genre demeurent marquées dans l’accès à l’éducation, à l’emploi et à l’autonomie dans les décisions économiques, malgré un soutien citoyen relativement fort aux principes d’égalité. Environ trois citoyens sur 10 affirment que les filles sont fréquemment privées de scolarisation au profit des garçons, tandis qu’une proportion plus élevée de répondants déclarent que les femmes sont empêchées d’accéder à un emploi rémunéré. La majorité des citoyens affirment que les élèves et étudiantes sont fréquemment victimes de discrimination, de harcèlement ou de demande de faveurs sexuelles de la part de leurs enseignants, et près de la moitié déclarent que les femmes sont couramment victimes de harcèlement sexuel dans les lieux publics. Ces perceptions font écho aux réalités structurelles. Les femmes sont moins nombreuses que les hommes à atteindre le niveau post-secondaire et moins susceptibles d’occuper un emploi, qu’il soit à temps plein ou partiel.
Dans le même temps, les normes sociales semblent évoluer. Une majorité de Camerounais rejettent l’idée que les hommes devraient être prioritaires sur le marché du travail ou dans l’accès au foncier.
Cependant, ces avancées normatives contrastent avec une autonomie économique encore limitée. Seules un tiers des femmes déclarent prendre elles-mêmes les décisions concernant la gestion de leurs revenus, contre plus de la moitié des hommes.
Le déficit de femmes dans les postes d’influence est perçu comme le principal défi lié au genre. Bien qu’une majorité de citoyens approuvent les efforts du gouvernement pour promouvoir l’égalité des droits et des chances, une proportion encore plus importante de répondants estiment que ces efforts restent insuffisants.