- Environ trois Sénégalais sur 10 estiment qu’il arrive « souvent » ou « toujours » que les femmes soient victimes de harcèlement sexuel dans des lieux publics tels que les marchés, les rues ou les transports (31%), et que les élèves filles ou étudiantes subissent discrimination, harcèlement ou demandes de faveurs sexuelles de la part de leurs enseignants (29%) dans leur communauté.
- Un quart (26%) des répondants affirment que « souvent » ou « toujours » les femmes sont empêchées de travailler, et 11% disent que les filles sont fréquemment privées d’école au profit des garçons.
- Près du tiers (32%) des Sénégalais affirment que les hommes exercent « souvent » ou « toujours » des violences sur les filles dans leur communauté, soit une hausse de 14 points de pourcentage depuis 2022.
- Des proportions significatives des citoyens déclarent qu’il arrive « souvent » ou « toujours » que les maris insultent leurs femmes (38%) et les battent (21%). Deux fois moins affirment que les femmes insultent également « souvent » ou « toujours » leurs maris (23%) et les battent (9%).
- Plus de la moitié (52%) des Sénégalais estiment qu’il n’est « pas très probable » ou « pas du tout probable » que les victimes de violence basée sur le genre dénoncent ces actes auprès des services spécialisés.
- Cependant, la majorité (56%) des répondants pensent qu’il est probable que les gens croient aux femmes ou aux filles qui se plaignent d’être victimes de discrimination ou de harcèlement à l’école, sur leur lieu de travail ou d’autres espaces publics.
- Le tiers (32%) des citoyens pensent que le règlement à l’amiable est la principale raison de la non-dénonciation des actes de VBG par les victimes. Ils s’ensuivent les pesanteurs sociales ou culturelles (23%), la honte de se déclarer victime (21%) et le risque de représailles ou la peur de dénoncer (21%).
- Près de huit Sénégalais sur 10 (78%) jugent que la police et les tribunaux de leur pays devraient faire plus d’efforts pour protéger les femmes et les filles contre la discrimination et le harcèlement à l’école, sur le lieu de travail et dans les espaces publics.

Au cours des quatre dernières décennies, l’Etat du Sénégal a ratifié plusieurs conventions internationales visant à lutter contre les violences basées sur le genre (VBG) (Nations Unies, 1989, 2013 ; Amnesty International, 2004). Ces ratifications ont contribué à renforcer le cadre juridique national en matière de prévention et de répression des VBG.
Parallèlement, des lois ont été adoptées pour consolider ce cadre, notamment en criminalisant explicitement le viol et la pédophilie (République du Sénégal, 2020). En outre, la Stratégie Nationale pour l’Equité et l’Egalité de Genre a été élaborée afin de créer des conditions institutionnelles, socioculturelles, juridiques et économiques propices à la promotion de l’égalité entre les femmes et les hommes (République du Sénégal, 2010, 2016).
Malgré ces avancées, la prévalence des VBG reste élevée. Environ trois femmes sur 10 (31,9%) ont subi au moins une forme de violence (physique, psychologique, sexuelle ou économique) en 2023. La même année, 88% des femmes hors union déclaraient avoir subi des violences avant l’âge de 18 ans. Parmi les femmes en union en 2023, sept sur 10 (70%) rapportent également être exposées aux VBG depuis leur premier mariage (Agence Nationale de la Statistique et de la Démographie, 2024).
Cette dépêche présente les résultats d’un module spécial intégré au questionnaire du Round 10 d’Afrobarometer pour explorer les expériences et les perceptions des Sénégalais sur les VBG, la discrimination et le harcèlement sexuel.
Selon les résultats, environ trois Sénégalais sur 10 rapportent que les femmes subissent fréquemment du harcèlement sexuel dans les lieux publics ou à l’école, et nombreux disent qu’elles sont fréquemment empêchées de travailler ou privées d’éducation au profit des garçons.
Près du tiers des répondants perçoivent fréquemment des violences contre les filles dans leur communauté, tandis que les violences physiques et verbales conjugales demeurent également courantes.
De plus, la majorité des citoyens estiment qu’il est plutôt improbable que les victimes de VBG portent plainte auprès des services spécialisés, principalement en raison du règlement à l’amiable, des normes sociales, de la honte ou de la peur de représailles. Toutefois, une majorité des répondants pensent que les plaintes des femmes victimes de harcèlement ou de discrimination seraient crues.
La majorité des Sénégalais appellent à plus d’efforts de la part de la police et des tribunaux pour mieux protéger les femmes et les filles contre la discrimination et le harcèlement.
Related content