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Key findings
  • Moins de la moitié (44%) des Maliens estiment que les Africains de l’Ouest devraient pouvoir se déplacer librement à travers les frontières internationales pour travailler ou faire du commerce ; une majorité (56%) d’entre eux pensent que le gouvernement devrait limiter les mouvements transfrontaliers pour protéger ses citoyens. o En pratique, plus des trois quarts (78%) des répondants déclarent que traverser les frontières internationales est « difficile » ou « très difficile ».
  • Seuls 8% des Maliens ont entendu parler de la Zone de Libre-Echange Continentale Africaine (ZLECAf).
  • Près de six Maliens sur 10 (58%) estiment que les immigrants ont un impact positif sur l’économie du pays.
  • La plupart des Maliens affichent une attitude tolérante envers les immigrants : Une majorité écrasante de répondants déclarent qu’ils n’auraient pas d’objection à avoir des travailleurs étrangers (85%) ou des réfugiés (80%) comme voisins.
  • Malgré cela, six citoyens sur 10 souhaitent que le gouvernement limite l'immigration : 41% sont favorables à une réduction du nombre de demandeurs d'emploi étrangers admis dans le pays, tandis que 19% souhaiteraient supprimer complètement cette immigration. Une majorité encore plus large de citoyens sont favorables à une réduction (40%) ou à une suppression (26%) de l'entrée des réfugiés.
  • En matière d’émigration, un quart (26%) des Maliens déclarent avoir envisagé de quitter le pays, dont 15% qui y ont « beaucoup » réfléchi. o Les préoccupations économiques motivent l’intérêt pour l’émigration, principalement le désir d’échapper aux difficultés économiques ou à la pauvreté (48%) et de trouver de meilleures opportunités de travail (37%). o Les destinations les plus populaires parmi les émigrants potentiels sont le Nigéria et d’autres pays africains (41%) et l’Europe (39%).

Le Mali, pays à faible revenu d’Afrique de l’Ouest, est depuis longtemps caractérisé par  d’importants mouvements de population influencés par la mobilité traditionnelle, les conflits  et les défis environnementaux. Par le passé, il servait de plaque tournante pour les migrations  à travers le Sahel, où les travailleurs saisonniers et les éleveurs se déplaçaient régulièrement  entre le Mali et les pays voisins, l’Algérie, la Libye et la Côte d’Ivoire (Molenaar & van Damme,  2017). 

La croissance démographique et l’urbanisation ont intensifié les dynamiques migratoires. Les  jeunes hommes migrent souvent vers Bamako pour un travail temporaire pendant la saison  sèche, tandis que les femmes recherchent des emplois domestiques dans les centres urbains  (Hummel, 2016 ; Toulmin, 2020). La population du Mali est passée de 9,2 millions en 1990 à  23,8 millions en 2023, dont 46,2% ont moins de 15 ans (Aikins, 2025). Près de la moitié des  Maliens vivent désormais en zone urbaine, où la croissance démographique rapide met à  rude épreuve les infrastructures et les services publics (Banque Mondiale, 2025). Conjuguées  à une transformation économique limitée et à une pauvreté généralisée, ces tendances  alimentent les migrations internes et transfrontalières. 

En outre, les conflits ont été un facteur majeur de déplacements forcés. La rébellion de 2012  dans le nord du Mali a déclenché des déplacements internes massifs vers le sud et des flux  de réfugiés vers les pays voisins (Hoogeveen, Rossi, & Sansone, 2019). En décembre 2024, le  Mali comptait 402.167 personnes déplacées à l’intérieur du pays (PDI) et 952.480 rapatriés,  Bamako accueillant d’importantes populations de PDI (Haut-Commissariat des Nations Unies  pour les Réfugiés, 2025). L’insécurité persistante, la violence djihadiste et la faiblesse de la  gouvernance continuent d’exacerber ces mouvements. 

Les pressions environnementales influencent également la mobilité. De graves sécheresses et  la désertification ont perturbé l’agriculture de subsistance, incitant à la migration comme  stratégie d’adaptation. Entre 2004 et 2009, les sécheresses ont contribué à une moyenne  annuelle estimée à 2.300 départs, en particulier dans les zones à faible capacité  d’adaptation (Defrance, Delesalle, & Gubert, 2023). Les migrations induites par le climat  devraient s’accroître à mesure que la dégradation de l’environnement s’aggrave, se  conjuguant à la vulnérabilité économique et à la pauvreté rurale. 

Les Maliens sur leur point de vue concernant la migration lors du Round 10 de l’enquête  Afrobarometer. Les résultats montrent que si une majorité de répondants s’opposent à la libre  circulation transfrontalière, près de six personnes sur 10 estiment que les immigrants  contribuent positivement à l’économie malienne. Une écrasante majorité d’entre eux  affirment qu’ils n’auraient aucun problème à vivre à côté de travailleurs étrangers ou de  réfugiés. Pourtant, le soutien à un renforcement des contrôles d’immigration est fort, la majorité appelant à une réduction du nombre de demandeurs d’emploi et de réfugiés  admis dans le pays. 

En matière d’émigration, un sur quatre Maliens déclarent avoir envisagé de quitter le pays, le  plus souvent pour échapper aux difficultés économiques et/ou trouver du travail. Avec  l’Europe, le Nigéria et d’autres pays africains figurent parmi les principales destinations des  migrants potentiels. 

Obaloluwa Ayooluwa Aka

Obaloluwa Ayooluwa Aka is a PhD student in the Department of Political Science at the University of Kentucky.