Skip to content
Key findings
  • Plus des trois quarts (77%) des Tchadiens approuvent la décision du gouvernement de demander le retrait des troupes françaises.
  • Près de huit répondants sur 10 (77%) estiment que l’armée tchadienne est bien outillée pour lutter contre le terrorisme sans l’aide de la France.
  • La majorité des Tchadiens déclarent que le retrait de l’armée française du pays contribuerait au moins « un peu » à la détérioration des relations avec la France (71%) ainsi qu’à l’instabilité politique (59%). Par ailleurs, plus de quatre répondants sur 10 estiment que ce retrait contribuerait à l’augmentation du terrorisme dans le pays.
  • La majorité des répondants jugent comme « quelque peu positive » ou « très positive » l’influence de l’UA (60%), de la CEEAC (59%), de la Chine (59%) et des Etats-Unis d’Amérique (56%) sur le Tchad. Près de la moitié perçoivent également positivement l’influence de l’Union Européenne (49%) et de la Russie (49%), tandis qu’ils ne sont que 33% à en dire autant de l’Inde. En revanche, deux tiers (68%) considèrent l’influence de la France comme négative.
  • Plus de six citoyens tchadiens sur 10 (63%) estiment que les besoins et les intérêts de leur pays sont reconnus de manière adéquate dans les décisions de l’UA, tandis qu’une faible majorité (53%) de répondants disent la même chose de la CEEAC.
  • Sept Tchadiens sur 10 (72%) affirment que les pays africains devraient avoir davantage leur mot à dire dans les organes de décision internationaux tels que les Nations Unies.
  • La majorité (64%) des Tchadiens informés du conflit entre l’Ukraine et la Russie disent que le Tchad devra adopter une position de neutralité.

Dans les pays en développement, particulièrement ceux du Sahel, la souveraineté est au  cœur des tensions géopolitiques actuelles. Baron (2024) identifie deux défis majeurs : la  mondialisation, qui déplace les décisions vers l’économie globale, et le retour à  l’unilatéralisme des puissances mondiales agissant isolément. Cette situation illustre la  distinction de Jackson et Rosberg (1982) entre « souveraineté juridique » (reconnaissance  formelle) et « souveraineté empirique » (capacité d’action autonome), soulevant la question  cruciale : Les peuples peuvent-ils réellement contrôler leur destin face aux contraintes de la  mondialisation ? 

La mondialisation constitue un facteur clé dans la compréhension des dynamiques politiques  et économiques sahéliennes. Selon le cadre théorique de Bayart (2006), les élites africaines  développent des stratégies d’extraversion en utilisant les ressources extérieures pour renforcer  leur pouvoir interne. Le Tchad, de par sa position géostratégique sahélienne, devient le point  focal d’influences multiples exercées par diverses puissances étrangères à travers des  partenariats variés, allant de la sécurité au développement socioéconomique. Ces  dynamiques créent ce que Herbst (2000) qualifie d’« espaces d’influence » découlant de la  fragilité institutionnelle des Etats africains. 

La France détient une position particulière parmi les acteurs externes en tant que partenaire  historique, dans le cadre d’une relation post-coloniale critiquée par Verschave (1998) sous le  terme « Françafrique ». La présence militaire française récente au Tchad, notamment via  l’opération Barkhane, visait la stabilisation régionale et la lutte antiterroriste. Toutefois, selon  Charbonneau (2013), cette présence interroge l’effectivité de la souveraineté tchadienne  dans le secteur sécuritaire, générant ce que Gregory (2000) nomme des situations de  « souveraineté limitée ». 

L’émergence de nouveaux acteurs internationaux offre au Tchad des alternatives  stratégiques qui reconfigurent les influences externes traditionnelles. Les travaux de  Brautigam (2009) sur l’engagement chinois et de Ploch (2007) sur la stratégie américaine via  AFRICOM illustrent cette diversification partenariale. Cette multipolarité permet aux autorités  tchadiennes de pratiquer ce que Whitfield et Fraser (2009) appellent le « shopping » institutionnel pour optimiser leur marge de manœuvre. 

Dans le contexte de recomposition géopolitique lié au retrait français programmé, une  question essentielle se pose : Quelle est la perception tchadienne des influences étrangères  sur la politique et l’économie nationales ?  

Les résultats de la plus récente enquête Afrobarometer révèlent qu’une large majorité de  Tchadiens soutiennent la demande de retrait des troupes françaises de leur pays et jugent l’armée nationale suffisamment équipée pour lutter contre le terrorisme. Toutefois, ce départ  est perçu par la majorité comme potentiellement déstabilisateur pour les relations avec Paris  et la scène politique. 

Sur la scène internationale, l’Union Africaine (UA), la Communauté Economique des Etats de  l’Afrique Centrale (CEEAC), la Chine et les Etats-Unis d’Amérique inspirent majoritairement  des perceptions positives, contrairement à la France, dont l’influence est jugée négative par  deux tiers des répondants.  

Les Tchadiens estiment en majorité que l’UA, et dans une moindre mesure la CEEAC, prennent en compte leurs intérêts, mais ils souhaitent un rôle africain plus affirmé dans les  instances mondiales comme les Nations Unies.  

Enfin, face à la guerre Russie-Ukraine, la position privilégiée des Tchadiens reste la neutralité. 

Gadom Djal Gadom

Gadom Djal Gadom is the coordinator at LAEREAG.

Kohom Sibaye Frédéric

Kohom Sibaye Frédéric is an associate researcher at LAEREAG.