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Key findings
  • Près de la moitié (48%) des Sénégalais ont pensé à émigrer dans un autre pays, soit une hausse de 7 points de pourcentage par rapport à 2017 (41%).
  • Près de la moitié (48%) des répondants estiment que l’impact économique des migrants étrangers sur leur pays est négatif, contre 45% qui disent que c’est positif.
  • Six Sénégalais sur 10 disent que le pays devrait autoriser « moins » ou « pas » de travailleurs étrangers (61%) et de réfugiés (62%) à venir vivre au Sénégal.
  • Cependant, la majorité des citoyens aimeraient ou sont indifférents à l’idée d’avoir pour voisins des immigrés ou travailleurs étrangers (75%) ou des réfugiés (66%).
  • Une légère majorité (53%) de Sénégalais estiment que les populations d’Afrique de l’Ouest devraient pouvoir franchir librement les frontières pour commercer ou travailler dans la sous-région, tandis que 46% préfèrent que le gouvernement limite les mouvements transfrontaliers.
  • Trois quarts (76%) des répondants affirment qu’il est difficile de traverser les frontières internationales en Afrique de l’Ouest, soit une hausse de 10 points de pourcentage par rapport à 2017 (66%).

La migration internationale reste au cœur des préoccupations sociales et politiques au Sénégal. Le pays, historiquement marqué par des flux migratoires intenses, est aujourd’hui à la fois terre d’émigration, de transit et d’accueil (Agence Nationale de la Statistique et de la Démographie, 2025a). Le Sénégal présente un solde migratoire négatif, traduisant une plus forte propension à émigrer des citoyens. A cela s’ajoute la migration irrégulière aux effets désastreux. Plus de 41.800 migrants sont arrivés aux Iles Canaries entre janvier et novembre 2024, provenant principalement des côtes sénégalaises (Comité Interministériel de Lutte contre la Migration Irrégulière, 2024). 

Ce phénomène migratoire s’explique en partie par le contexte socio-économique national marqué par un chômage structurel persistant – estimé à 20% au premier trimestre 2025 – et par une population majoritairement jeune, avec plus de 60% des Sénégalais ayant moins de 25 ans (Agence Nationale de la Statistique et de la Démographie, 2025b).

Pour faire face à la recrudescence de la migration irrégulière, le Sénégal a élaboré la Stratégie Nationale de Lutte contre la Migration Irrégulière et mis en place des comités de veille et d’action installés dans les régions (Africanews, 2024 ; Africa 24, 2024), en attendant l’adoption d’une véritable politique migratoire. Récemment, des initiatives encadrant la migration légale ont aussi vu le jour, à l’instar des programmes de migration circulaire avec l’Espagne, grâce auxquels 370 jeunes sénégalais ont pu décrocher des contrats saisonniers en 2025 (Sud Quotidien, 2025).

Parallèlement, en 2025, le Sénégal accueille plus de 13.000 personnes déplacées, dont 11.897 réfugiés et 1.460 demandeurs d’asile (Haut-Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés, 2025). En réponse, l’Organisation Internationale pour les Migrations (2024) et ses partenaires, en collaboration avec les autorités sénégalaises, ont intensifié leurs efforts à travers le Programme de Protection, de Retour et de Réintégration des Migrants. Ce programme comprend des retours volontaires accompagnés, des ateliers de renforcement de capacités sur la réintégration durable, ainsi que la mise en place de comités de pilotage et de mécanismes de suivi pour une gestion plus coordonnée des flux migratoires.

Ces évolutions s’inscrivent dans une vision stratégique à long terme. L’Agenda Sénégal 2050, lancé en octobre 2024, ambitionne de faire du pays une nation souveraine, juste et prospère, en intégrant les enjeux migratoires dans ses axes de transformation territoriale, sociale et économique. Il prévoit notamment une meilleure gouvernance des mobilités humaines, une valorisation des corridors migratoires et une intégration régionale renforcée (République du Sénégal, 2024).

Cette dépêche présente les résultats d’un module spécial intégré au questionnaire du Round10 d’Afrobarometer pour explorer les expériences et les perceptions des Sénégalais concernant les dynamiques migratoires régionales, l’accueil des ressortissants étrangers et les politiques de mobilité humaine.

Selon les résultats, l’idée d’émigrer séduit de plus en plus de Sénégalais. Près de la moitié affirment y avoir pensé, une tendance en hausse par rapport à 2017. Cette aspiration est principalement motivée par la recherche d’emploi ou de meilleures opportunités, avec une préférence marquée pour l’Occident comme destination.

Dans le même temps, les perceptions à l’égard des migrants étrangers au Sénégal restent ambivalentes. Une majorité relative de répondants jugent leur impact économique négatif et souhaitent limiter leur présence, qu’il s’agisse de travailleurs étrangers ou de réfugiés. Pourtant, les citoyens se montrent globalement ouverts à cohabiter avec eux dans leur voisinage.

Les avis sur l’ouverture régionale sont également partagés. Une courte majorité de Sénégalais soutiennent la libre circulation des personnes pour travailler ou commercer dans la sous-région, mais beaucoup dénoncent les difficultés à traverser les frontières ou appellent à une forme de protectionnisme économique. Enfin, la Zone de Libre-Echange Continentale Africaine, pourtant porteuse de promesses, reste encore largement méconnue du grand public.

Abdoulaye Diagne

Executive Director of CRES

Mamadou Abdoulaye Diallo

Mamadou Abdoulaye Diallo is a research associate for the Consortium pour la Recherche Economique  et Sociale (CRES) in Dakar, Senegal

Tamba Ba

Tamba Ba is a statistical engineer and research assistant at CRES.