AD392: La démocratie guinéenne est-elle piégée?

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Dispatches
2020
392
Aliou Barry

La Guinée vient d’adopter une nouvelle Constitution suite au référendum controversé du 22 mars 2020, qui a été couplé avec des élections législatives ayant conduit à la mise en place d’une nouvelle Assemblée Nationale. Ce double scrutin a été boycotté par bon nombre de Guinéens. La nouvelle Constitution stipule que le Président de la République est élu pour un mandat de six ans, renouvelable une fois. Le 18 octobre 2020 est la date fixée pour la prochaine élection présidentielle dans un contexte marquée par un bras de fer entre le Front National de la Défense de la Constitution de 2010 (FNDC) et le pouvoir en place, qui se présente pour un troisième mandat. Le FNDC, un regroupement civique qui a initié une série de manifestations depuis octobre 2019 contre une réforme constitutionnelle qui conduirait le Président Alpha Condé à un troisième tour, a été rejoint par les principaux partis politiques de l’opposition.

Bien que sur le plan social la Guinée soit considérée comme un pays stable dans la sous-région, elle est souvent traversée par des troubles civiles importants et reste politiquement fragile. La faiblesse de la gouvernance et la sous-utilisation des ressources naturelles, pourtant nombreuses et diversifiées, ont abouti à faire de sa population une des plus pauvres du monde. Sur l'Indice de Développement Humain du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) (2019), la Guinée occupe la 174ième place sur 189.

La fragilité du pays n’est pas liée à la cohabitation à la base, mais à l’utilisation politique du phénomène ethnique en Guinée. L’autorité de l’État est suffisamment ébranlée, et les citoyens ne font pas confiance à la justice. Les forces de l’ordre sont régulièrement accusées d’utiliser des balles réelles, sans qu’il n’y ait d’enquête et de sanction (PNUD/Stat View International, 2018).

Tous les régimes successifs ont utilisé l’ethnie pour asseoir leur autorité et pour atteindre leurs objectifs politiques. L’ethnicisation de la vie politique touche même les fondements de la démocratie et le fonctionnement des institutions de la nation, qui sont affaiblies par des interférences de tous genres (UNECA/Stat View, 2013).

Il faut noter que de 1958 à 2008, la Guinée n’a connu que deux présidents. Aucun d’entre eux n’a permis l’alternance démocratique à la tête de l’Etat. Tous les deux s’étaient maintenus au pouvoir jusqu’à leur mort par des astuces allant d’élections non ouvertes ou non transparentes à la modification de la Constitution (UNECA/Stat View, 2013).

Face à l’élection présidentielle du 18 octobre, une analyse des données de la récente enquête d’Afrobarometer, en fin 2019, montre des préoccupations significatives de la part des Guinéens par rapport à leur démocratie. Peu d’entre eux se déclarent satisfaits de son fonctionnement, et beaucoup craignent des conflits violents engendré par la compétition entre partis politiques. La majorité des Guinéens ne font pas confiance à la Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI) et aux cours et tribunaux. Or les instances en charge de la gestion du processus électoral, y compris le décompte des voix, la proclamation des résultats provisoires et ceux définitifs, sont la CENI et la Cour Constitutionnelle. Un déficit de confiance des citoyens envers ces institutions pourrait faire naitre des doutes sur la sincérité des résultats du scrutin.

Partant de tous ces éléments, il faut donc craindre des violences pendant et après le scrutin, surtout en cas d’absence d’observateurs électoraux dépêchés par les organisations sous-régionales et internationales habilitées à cet effet.