PP32: Extrémisme violent en Afrique: Perceptions des citoyens du Sahel, du Lac Tchad, de la Corne

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Adapted from photograph by Jordi Bernabeu Farrús [CC BY 2.0 (http://creativecommons.org/licences/by/2.0)] showing traders fleeing an explosion at Bakara market in Mogadishu, Somalia.
Documents de politiques
2016
32
Stephen Buchanan-Clarke and Rorisang Lekalake

Au cours des deux dernières décennies, la menace que constituent les groupes extrémistes violents qui embrassent des discours religieux fondamentalistes s'est considérablement développée à travers l'Afrique (Hallowanger, 2014). L'ère coloniale et les régimes non-démocratiques qui ont caractérisé beaucoup de gouvernements postindépendance ont produit des mouvements anti-Occident et djihadistes à travers le Moyen-Orient et plus généralement le monde islamique (Moore, 2016). Ces mouvements préconisent l'avènement d'un régime religieux conservateur pour résoudre les anomalies sociales des sociétés modernes. Déjà dans les années ’90, ces idéologies avaient commencé à s'étendre en Afrique, où les frontières poreuses, les systèmes de sécurité défaillants, les systèmes de gouvernance faibles, la corruption, les clivages ethniques, et les niveaux élevés de chômage des jeunes ont créé des environnements favorables au développement des groupes extrémistes (Institute for Economics & Peace, 2014).

Au Nigéria et en Somalie, par exemple, les organisations extrémistes violentes étaient à l'origine des mouvements ethniquement homogènes avec des préoccupations purement domestiques – le renversement de leurs gouvernements respectifs. Avec le temps elles ont évolué vers des objectifs politiques plus ambitieux et ont établi une présence active dans les états voisins. Ces groupes s'installent généralement dans les régions frontalières en raison des niveaux moindres de présence gouvernementale et de sécurité, qui facilitent la présence des réseaux illicites et des communautés frontalières vulnérables. Une telle situation met à rude épreuve non seulement la stabilité interne de beaucoup de pays, mais également la stabilité de la région toute entière.

Par ailleurs, la coopération entre les groupes djihadistes nationaux et internationaux s'est accrue au cours de la décennie écoulée. En 2012, les Al Shabaab ont déclaré allégeance à Al Qaeda, mais des conflits internes récents sont nés des divergences de points de vue quant à rester dans cette alliance ou déclarer plutôt allégeance à l'Etat Islamique (EI). Début 2015, le groupe nigérian Boko Haram a publiquement déclaré allégeance au chef de l'EI, Abu Bakr Al-Baghdadi (Guardian, 2015). Non seulement ces réseaux internationaux apportent à ces groupes un appui matériel et opérationnel, mais ils établissent également leur crédibilité dans le mouvement global du djihadisme, facilitant de ce fait les recrutements à l'internationale (CNN, 2015).

Les méthodes sécuritaires ont grandement échoué à contenir l'emprise géographique des extrémistes violents en Afrique subsaharienne. Ceci a favorisé l'émergence d'approches axées sur le développement, telles que les initiatives visant à lutter contre et à prévenir l'extrémisme violent (« countering violent extremism » (CVE) et « preventing violent extremism » (PVE)), qui visent à solutionner les causes politiques et socio-économiques à la base de l'extrémisme (Zeiger & Aly, 2015). Au cours des deux dernières années, les Etats-Unis et l'Union Européenne ont tous les deux officiellement décrit leurs approches pour ce qui est du CVE.1 Plusieurs initiatives ont également vu le jour sur le continent africain, y compris l'approche modérée de lutte contre le terrorisme du Nigéria (NACTEST).

Les approches axées sur le développement mettent l'accent sur les environnements où l'extrémisme violent prospère. Les sondages d'opinion donnent un aperçu de l'impact de l'extrémisme violent sur les citoyens ordinaires en exposant leurs opinions, attitudes, et préférences en termes de politique. Ils permettent également aux chercheurs d'identifier les zones et les populations au sein desquelles des facteurs pouvant favoriser l'extrémisme, tels que la quasi-absence de cohésion sociale ou une grande méfiance envers l'état, sont présents.