AD155: Le Burkina post-2014: La préférence pour la vérité plutôt que l’oubli mise à l’épreuve

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Dispatches
2017
155
Thomas Isbell

Quand bien même la reddition de comptes est d'une importance capitale en démocratie, il est rare qu'un ancien chef d'état soit poursuivi par une juridiction nationale pour mauvaise conduite dans l'exercice de ses fonctions. Le Burkina Faso se distingue sur ce plan avec les procédures judiciaires enclenchées contre l'ancien Président Blaise Compaoré et les plus hauts dignitaires de son administration pour avoir indûment autorisé l'usage de la force contre des manifestants non armés durant un soulèvement populaire en octobre 2014 (Coulibaly, 2017; Al Jazeera, 2017). Au moins 24 personnes ont été tuées lors de ce soulèvement, ce qui a conduit Compaoré à fuir le pays, mettant ainsi fin à son règne de 27 ans.

Le Burkina Faso est passé d'une période d'instabilité à des élections paisibles en 2015, mais alors que les procès des dignitaires de l’ancien régime réveillent les souvenirs des événements d'octobre 2014, les données sur les attitudes du public pourraient éclairer sur les opinions des citoyens quant à la façon dont le pays devrait progresser. Ces données ont été collectées six mois environ après le soulèvement; elles ne refléteront donc pas nécessairement les possibles changements de perceptions publiques depuis lors.

Les résultats d'enquête prouvent que, même si les Burkinabè étaient alors foncièrement divisés quant au fait qu'un ancien chef d'état doive être jugé ou pas, ils avaient une préférence pour la vérité contre l'oubli et pour les poursuites judiciaires contre l'amnistie. La majorité des citoyens étaient également pour l'expropriation des biens mal acquis par les anciens hauts dignitaires et la compensation des personnes qui ont perdu des biens à l'occasion du soulèvement.