AD100: La menace de l'extrémisme violent: Perceptions des populations d'Afrique du Nord

Introduction

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La sécurité au rang des problèmes les plus importants, 5 pays d’Afrique du Nord, 2015
Dépêches
2016
100
Thomas Bentley, Rorisang Lekalake, and Stephen Buchanan-Clarke

En juin 2015, les militants de l'Etat Islamique (EI) autoproclamé ont attaqué un hôtel sur la plage à Sousse en Tunisie, tuant 38 personnes (CNN, 2015a). Quatre mois plus tard, l’EI a revendiqué l’abattage d'un avion de ligne russe, avec 224 morts, même si la cause officielle demeure indéterminée (CNN, 2015b). De même, Al Qaeda au Maghreb Islamique (AQMI) a tué 18 personnes sur les plages de Grand-Bassam en Côte d'Ivoire en mars 2016 et a attaqué quelques jours plus tard une installation d’hydrocarbures et de gaz au Sud de l’Algérie (Al Jazeera, 2016).

L'Afrique du Nord est devenue une plaque tournante de l'activité extrémiste violente. Grâce à une gouvernance approximative et des frontières poreuses, des groupes djihadistes et criminels locaux et internationaux prolifèrent dans la région. L'Afrique du Nord est également depuis longtemps une zone de prédilection des groupes djihadistes en ce qui concerne le recrutement. Dans les années ’80, des individus de la région se sont rendus en Afghanistan pour participer à la guerre Soviétique-Afghane. Ces dernières années, beaucoup ont répondu à l'appel de l'EI. Le Groupe Soufan (2015), une organisation de sécurité stratégique, a estimé qu’à octobre 2015 plus de 6.000 Tunisiens s’étaient rendus en Syrie et en Irak pour combattre au nom de l’EI et qu’environ 600 étaient revenus en Tunisie. Un si grand nombre de retours représente un défi majeur à la sécurité et aux autorités policières qui doivent évaluer la menace que représentent ces individus et y répondre.

Jusqu'ici, la recherche s'est en grande partie fondée sur la fréquence et la sévérité des attaques passées pour évaluer l'ampleur de la menace que représentent des organisations telles que l'EI et AQMI. Le recrutement contraint, les kidnappings, l'extorsion, et autres tactiques violentes dont les extrémistes se servent pour intimider les populations locales sont rarement signalés dans les comptes-rendus objectifs de données et médiatiques.

Une façon d’avoir une meilleure perception de la menace que représentent les extrémistes violents peut être une approche à la base. En 2015, les enquêtes du Round 6 d’Afrobaromètre ont demandé aux citoyens de la Tunisie, de l’Algérie, de l’Egypte, du Maroc, et du Soudan à quel point ils estimaient l'EI et AQMI actifs dans leur pays, à quel point ils pensaient que ces groupes représentaient une menace, et ce qui d’après eux motiverait certaines personnes à rejoindre ces groupes. Les réponses suggèrent que les perceptions de l'activité et de la menace extrémistes étaient les plus élevées en Tunisie et en Egypte et pourraient ne pas toujours correspondre aux mesures objectives du nombre et de la sévérité des attaques passées. La pauvreté et la croyance religieuse étaient les plus fréquemment mentionnées comme raison principale du succès du recrutement d’extrémistes dans la région.

Nos résultats exploratoires portent sur un champ limité et sont temporaires dans un domaine dans lequel les attaques et les stratégies de riposte évoluent rapidement. Néanmoins, ils donnent une idée des perceptions à la base qui pourraient servir dans la mise en place et l’amélioration des politiques contre-extrémistes.