AD140: L'assombrissement des perspectives économiques et démocratiques des Algériens précède les manifestations anti-austérité

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Graphique: Des évaluations économiques plus négatives | Algérie | 2013-2015
Dépêches
2017
140
Thomas Isbell

Six ans après la vague des manifestations du Printemps Arabe en Afrique du Nord, l'Algérie a débuté 2017 avec des mouvements d'agitation dans la rue. Comme beaucoup d'autres économies tributaires du pétrole, l'Algérie s'appuie fortement sur les dépenses de l'état et les subventions publiques. Mais ces dernières années, la chute spectaculaire des prix des hydrocarbures et du gaz a durement affecté l'économie. L'Algérie tire environ 95% de ses recettes d'exportation des hydrocarbures, et face à la diminution des revenus et des réserves, le gouvernement a dû réduire les dépenses de l'état de 9% en 2016 et de 14% au début de cette année (Falconer, 2017; Stratfor, 2017; Wrey, 2017). Avec le vote en 2017 d'une politique d'austérité qui prône des coupes drastiques dans les dépenses de l'état et les subventions publiques et des augmentations des taxes à valeur ajoutée, taxes sur le revenu, taxes foncières, et taxes sur le tabac, des manifestations sont vite devenues violentes, entrainant des arrestations tandis que des magasins et bureaux de banque se faisaient piller (Falconer, 2017). Selon Carboni, Kishi, et Raleigh (2017), les manifestations ont déjà dépassé celles de 2011 en nombre, « suscitant des inquiétudes quant à ce que les doléances locales pourraient à nouveau donner lieu à des actions collectives plus grandes », avec des répercussions au-delà de l'Algérie, comme le remarque Stratfor (2017): « Etant donné que la stabilité de l'Algérie est importante pour la sécurité globale de l'Afrique du Nord, il importe de surveiller ces manifestations ».

Contrairement à la Tunisie et l'Egypte, l'Algérie n'a bénéficié que peu du Printemps Arabe en 2011, et aucun changement de régime n'est intervenu. Mais avec son régime vieillissant et la récession économique, l'Algérie pourrait-elle vivre son propre printemps de changement? Les résultats des enquêtes d'Afrobaromètre en Algérie suggèrent que le mécontentement populaire n'est pas la résultante que des politiques récentes d'austérité, et qu'il s'est plutôt accentué depuis un certain temps. Les données collectées en mai-juin 2015 révèlent que les Algériens étaient nettement plus négatifs dans leur évaluation de la situation économique du pays et de la performance de leur gouvernement qu'en 2013.

Les résultats soulèvent également des questions quant à la perception par les Algériens des élections comme une solution à leurs problèmes: La plupart considéraient les dirigeants de partis politiques intéressés, peu percevaient l'opposition politique comme une alternative viable, et peu considéraient les élections comme un mécanisme adéquat de remplacement des dirigeants non-performants et permettant de s'assurer que les intérêts du peuple soient respectés.